LA MORT DE DANTON : RE-CREATION DE GEORGES LAVAUDANT

La Mort de Danton, d’après Büchner / re-création de Georges Lavaudant / donné le 4 et 5 avril 2012 à Chalon sur Saône/ A la MC2 de Grenoble du 24 au 27 avril prochains

L’échafaud est tragique par nature. On payait cher pour assister au spectacle. Dix ans après la première, Georges Lavaudant remet en scène le théâtre de l’histoire.

Ce spectacle est ardu, le texte exigeant. Les discours sont construits et proclamés avec emphase. Il ne s’agit pas de distraire. La Mort de Danton met en scène les événements qui, au printemps 1794, conduiront les adversaires de Robespierre à la guillotine. Pourtant, les faits n’ont pas grande importance. La Mort de Danton est une tragédie. Comme Œdipe, Danton incarne, par sa seule présence, toute son histoire. L’issue est connue d’avance, et la guillotine, qui clôt la pièce, est traitée sur un mode symbolique.

La réflexion porte plutôt sur la mécanique de cette révolution qui dévore ses enfants. Danton pourrait tout aussi bien être Antigone, face à son Créon, Robespierre. Ils sont les deux faces d’une même utopie, deux impératifs idéologiques tellement puissants qu’il devient logique de tuer ou de mourir. Pour Robespierre, « l’arme de la République est la terreur. La force de la République est la vertu. » Ce à quoi Danton répond : « A quoi bon, nous les hommes, nous combattre les uns les autres ? Nous devrions nous assoir côte à côte et avoir le repos. » Comment une vision si fraternelle a pu mener à l’échafaud ? La réponse est donnée par Danton lui-même, et elle est celle de toute tragédie : la fatalité –« C’est le destin que conduit nos bras. »-, liée à une sorte de faute originelle. Les Labdacides avaient été condamnés pour une faute inconnue, antérieure à la naissance d’Œdipe. De même ici, nous dit Danton : « Une faute a été commise quand nous avons été créés. Il y a quelque chose qui nous fait défaut. Je n’ai pas de nom pour cela. »

Mais le destin n’est pas seul responsable. Danton a choisi, en refusant la fuite. Au nom d’un idéal, puisque « la vie ne vaut pas la peine qu’on se donne pour la conserver », mais pas uniquement. Car Danton s’est aussi trouvé à la place de Robespierre. En 92, il a fait exécuter les « ennemis de la République ». Sa situation actuelle lui révèle l’horreur de ses actes d’alors. Il est coupable. Mais à un Robespierre qui continue d’affirmer que la révolution mérite qu’on tue pour elle, il répond : « J’aime mieux être guillotiné que guillotineur. »

Une véritable tragédie donc, mais traitée sous un angle particulier : celui de l’intime. Lorsqu’il comparait, Danton se défend et hurle à en perdre la voix. Le juge doit suspendre la séance. Un héros shakespearien n’aurait pas montré cette faiblesse-là. Puis, la sentence prononcée, Danton et les siens, incarcérés, traversent les heures entre rêve et réalité. Chacun doit envisager sa propre disparition. Et nous découvrons alors qu’ils sont de chair et de sang. Ni au-dessus de la peur ni exempts de contradictions, ils doutent. Débordés par leurs actions inédites, ils ont dû tout inventer. Ils ont su détruire mais ne savent pas comment reconstruire. Ce mur, décor de la pièce qui, en se retournant, devient prison, c’est l’envers du décor, la réalité cachée de ces personnages publics.

Lorsque Georg Büchner écrit, 40 ans seulement le séparent des faits. Il est lui-même traqué pour ses positions subversives et rêve d’importer les idées révolutionnaires dans son pays, l’Allemagne. On comprend donc son implication particulière. Reste une question : en quoi cela nous concerne-t-il aujourd’hui ? Lorsque Georges Lavaudant a monté la pièce pour la première fois, en 2002, les hasards du calendrier ont fait correspondre la tournée avec l’arrivée du Front National au deuxième tour des présidentielles.

Aujourd’hui, nous sommes à nouveau en période électorale. Bien sûr, une campagne n’est pas un élément suffisant pour motiver le choix d’une pièce. Mais le metteur en scène accepte ce va-et-vient entre l’actualité et la pièce. Il l’a choisie parce qu’il pense nécessaire de montrer aujourd’hui que la parole politique peut s’alimenter à d’autres sources que la seule analyse journalistique. La différence de profondeur des discours entre ce passé et notre présent ne peut en effet que nous frapper. Mais attention : dans « parole politique », il ne faut pas entendre seulement « parole des politiques ». Le peuple a son rôle à jouer. Car si Büchner a été fondateur -et en cela il a dépassé son modèle, Shakespeare-, c’est bien dans sa façon de donner une voix au peuple. Celui-ci ne se contente plus de commenter la parole des puissants. Marion est une fille de joie, elle a son parler populaire certes, mais pas populiste, et surtout pas simpliste. Elle a sa propre interprétation du monde et nous invite à ne pas juger trop vite : tout a une valeur si on sait l’apprécier, et « celui qui jouit le plus prie le plus. »

Maya Miquel Garcia

La Mort de Danton, de Georg Büchner mise en scène par Georges Lavaudant a été (re)créée du 9.03 au 1.04/2012 à la MC93 de Bobigny

Prochaines dates :
– les 20 et 21 avril 2012 au Théâtre de l’Archipel, Perpignan
– et du 24 au 27 avril 2012 à la MC2, Grenoble

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