BIENNALE DE LIVERPOOL 2012 : L’INVITE INATTENDU

Envoyé spécial à Liverpool.
Biennale d’Art Contemporain de Liverpool 2012 / 7e édition / Du 15 septembre au 15 décembre 2012.

Le 15 Septembre dernier a ouvert la Septième Biennale d’art contemporain de Liverpool consacrée au thème de l’hospitalité. Avec le curateur Sally Tallant, le festival conquiert toute la ville, exposant 242 artistes en 27 lieux, et proposant de nombreux événements tels que le City States, le John Moore’s Painting Prize, et le très attendu The Unexpected Guest.

Liverpool est de nouveau le théâtre du festival d’art contemporain le plus grand et le plus visité de Grande-Bretagne. Dans les rues et en l’air, sur les murs et sur les toits, dans des bâtiments jamais ouverts au public, inhabités, ou en déshérence. Le projet de Sally Tallant est de laisser l’esprit du festival éroder l’asphalte et pénètrer jusqu’aux fondations même de la ville : ce sera une biennale indigène, intégrée à l’histoire locale, qui « dira des choses qui ont été faites ici et qui ne peuvent se faire nulle part ailleurs ».

Liverpool 2012 est bien sûr plus ‘accueillant’. Le thème de la septième édition a une saveur politique, et promet des œuvres-manifestes sur des questions locales et internationales. Alors, à la cérémonie d’ouverture de l’exposition l’ambassade palestinienne se matérialise dans un grand ballon qui surplombe les toits rouges de la ville anglaise, une sorte de mariage symbolique entre l’hôte et ceux qui ont perdu à jamais leur maison. Du ballon Palestinian Embassy de Goksøyr & Martens descendent idéalement les artistes libano-palestinien Akram Zaatari et Mona Hatoum, lesquels nous livrent des images de baisers interdits, des danses filmées dans la solitude, et des mémoires d’amours et d’existances impossibles dans les zones du conflit.

En se promenant dans la zone commerciale de Liverpool ONE, nous rencontrons la sculpture-installation ButI’m on the Guest List too ! des artistes Elmgreen & Dragset. Les auteurs de la célèbre boutique Prada au milieu d’un désert américain cette année présentent une porte vitrée, l’entrée à la salle VIP d’une boîte de nuit qui n’existe pas. La culture de la célébrité est « mise en scène » et ceux qui ne peuvent pas résister à un coup d’oeil sont destinés à se faire réprimander par un videur inébranlable : « votre nom ne figure pas sur la liste des invités!”.

Ouvre pour la première fois au public le Cunard Building, l’un des plus beaux monuments néoclassiques de la ville, serti entre le Royal Liver et la marina de la Mersey. Il abrite les installations vidéo de Nadia Kaabi Linke, les « Speeches » pop-politiques de Sylvie Blocher, et les outils engagés et menaçants  de la palestinienne Mona Hatoum.

Le grand rez de chaussée est occupé par le collectif Superflex. La crise n’a pas épargné la ville des transatlantiques, et la grande quantité de bureaux et boutiques vacants dans le quartier des affaires de Liverpool suggère que le groupe d’artistes ne doit pas avoir du mal à recueillir les insignes «À louer» pour l’installation Liverpool to Let, qui colorent la salle de marbre blanc de l’ex société maritime Cunard Steamship Company.

N’a pas échappé à la voracité de la Biennale même l’un des pubs les plus célèbres de la ville, The Monro, qui abrit les sculptures de verre soufflé de Dane Mitchell, Spectral Readings, et une chambre d’hôtel entièrement reconstruite au premier étage. Tout est reproduit en détail par le finlandais Markus Kahre. Même la lumière du soleil filtrant à travers les stores est faux, mais nous ne pouvons pas le voir. L’astuce est révélée lorsque le visiteur se tourne pour regarder furtivement le miroir, et comme cela n’arrive que pour les vampires, il ne se voit pas. Le plus attendu parmi les invités, le spectateur, disparaît.

Le Walker Art Gallery présenet les figures grotesques entre théâtre et design d’ Enrico David, la peinture des roumains Radu Belcin et Francisc Chiuariu, et donc l’hôte le moin inattendu, au moins le plus prévisible depuis peu de temps dans une biennale : le pigeon. Depuis que Cattelan les empaillait pour la Biennale de Venise, l’animal le plus détesté, le plus présent,le  plus friand des places et des mondanités, est devenu la marque d’un festival d’art contemporain : toujours à Venise l’année dernière le suisse Charrière a modifier leur couleur par l’absorbsion d’aliments, provoquant les vives protestations des militants des droits des animaux. Aujourd’hui, pour l’installation Belonging, Patrick Murphy déploie 180 pigeons sur le toit, autour du porche et des monuments de la Walker Art Gallery, colorés de sept teintes et rigoureusement en plastique.

Nombreuses sont les œuvres remarquables disséminées parmi les dizaines de salles, tels  le documentaire multidisciplinaire The source de Doug Aitken à la Tate, les structures oniriques de Jorge Macchi exposé à le Copperas Hill Building, ou The Park, la collection de photographies de Kohei Yoshiyuki distribuée dans les salles obscures du FACT. Dans ces œuvres, l’intimité de couples nus d’amants cachés derrière des buissons et des bancs publics est espionnée par des voyeurs, les mêmes immortalisés sur la photo de Yoshiyuki. Une parabole du voyeurisme qui commence avec les habitués du parc et se termine avec le visiteur incoscient de l’Open Eye Gallery.

Daniele Ricci

Visuels : 1/ Goksøyr & Martens, « Palestinian Embassy » 2/ Superflex, « liverpool to let » 3/ Akram Zaatari 4/ Yoshiyuki « The Park » / Photos Daniele Ricci / DR.

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