ORFEO, AUX SOURCES DE L’OPERA

OPERA : Orfeo / Opéra de Claudio Monteverdi créé à Mantoue en 1607 / Présenté à l’Opéra-Théâtre d’Avignon le 31 octobre 2012 par l’Orchestre «Les Nouveaux Caractères» dirigé par Sébastien d’Hérin / Mise en scène : Caroline Mutel.

Pour son avant-dernière saison de programmation lyrique à l’Opéra-Théâtre d’Avignon, Raymond Duffaut évoque quatre siècles d’opéra et nous fait voyager dans le temps, des débuts du baroque jusqu’à l’époque contemporaine, avec un programme 2012/2013 original et prometteur.

La saison s’est donc ouverte ce 31 octobre sur l’Orfeo de Monteverdi, créé à l’aube du XVIIe siècle, et se poursuivra par des œuvres contemporaines du XXe siècle comme Wozzeck, Jenufa et La Voix Humaine en passant par les classiques du XIXe siècle que sont La Traviata, Le Barbier de Séville et Roméo et Juliette.

Cet Orfeo, interprété par «Les Nouveaux Caractères», troupe de musique ancienne fondée et dirigée par Sébastien d’Hérin, constitue un beau sujet pour évoquer les passerelles entre les vivants et les morts en cette veille de Toussaint. L’opéra de Monteverdi s’inspire directement de la mythologie grecque, large source d’inspiration de tous les Arts de la Renaissance, interprétée et idéalisée au goût de l’époque.

Le mythe d’Orphée est bien connu et s’est révélé être au fil des siècles une source d’inspiration récurrente. Orphée et Eurydice s’aiment d’un amour ardent. Le bonheur est éphémère et Eurydice meurt, victime de la morsure d’un serpent. Orphée, accompagné par l’Espérance, décide d’aller arracher sa bien-aimée à la mort. Il endort Charon, le passeur des enfers, et franchit le Styx. Proserpine, qu’il a charmé par sa lyre et son chant, convainc Pluton, le dieu des enfers, de laisser partir Eurydice vers le monde des vivants. Pluton accepte de laisser Eurydice suivre Orphée à condition que celui-ci ne se retourne jamais. Orphée, saisi d’un doute et tourmenté par sa passion, désobéit à Pluton. Il se retourne pour admirer Eurydice qu’il voit alors disparaître à tout jamais.

Que devient Orphée après la perte d’Eurydice ? Le mythe comporte plusieurs variantes dont certaines terrifiantes comme seule la mythologie grecque a su en imaginer. Le livret de l’Opéra retient la montée d’Orphée au ciel pour rejoindre son père Apollon où il pourra voir Eurydice dans les étoiles. Version sans doute plus conforme à l’esprit de la Renaissance, largement inspiré des mythes antiques mais profondément chrétien.

Les principaux personnages sont accompagnés d’un chœur de bergers, de nymphes et d’esprits infernaux et de personnages allégoriques, la Musique et l’Espérance, qui font office de coryphée à l’instar du théâtre antique grec. Cette « fable en musique» fut présentée en 1607 à la Cour du duc de Mantoue comme «un spectacle inhabituel où les acteurs disent leur partie en musique» dans le but de «contenter l’œil, l’oreille et l’entendement».

Dans cette version des «Nouveaux Caractères» l’opéra est magnifiquement interprété par une douzaine de musiciens et autant de chanteurs solistes et choristes. La mise en scène et le décor, constitué de grandes voiles qui évoquent le voyage, sont sobres et conviennent parfaitement à cet opéra dont l’action reste secondaire. L’accent est mis avant tout sur la narration et l’expression poétique des sentiments humains.

Les musiciens jouent sur scène, ce qui renforce l’aspect intimiste de l’opéra, et l’ensemble évoque un spectacle de salon comme cela était sans doute le cas lors de la création de l’œuvre. La musique, jouée sur des instruments d’époque à la sonorité et au timbre incomparables, est d’une grande beauté, pure et limpide, et laisse pressentir l’ornementation et l’esthétisme du baroque naissant. Elle sait s’effacer devant les voix et les chœurs pour rendre le texte, très poétique, parfaitement intelligible. C’est peut-être en ce sens que l’Orfeo est considéré comme le premier opéra. Monteverdi propose une forme musicale nouvelle dont le but semble être la recherche d’une synergie entre la musique et la poésie.

Les voix des solistes et les chœurs sont très homogènes et d’un bon niveau. On retiendra en particulier la prestation de Jean-Sébastien Bou qui, d’une voix de ténor claire et sonore, incarne un Orphée aveuglé par Eurydice et traduit bien les émotions et sentiments qui le traversent. Successivement l’amour-passion, le désespoir, l’espérance, le doute et l’amour fou qui détruit tout.

Orphée est profondément humain. La quête d’Eurydice aux enfers est une folie que seul l’amour provoque mais constitue également un voyage initiatique où Orphée se découvre lui-même. Comme le chante le chœur : «il sera digne de gloire éternelle celui-là seul qui saura se vaincre lui-même»

Orfeo constitue ainsi une belle entrée en matière à la saison lyrique de l’Opéra-théâtre d’Avignon et on ne peut qu’encourager la programmation d’opéras de cette époque qui restent souvent méconnus mais qui constituent de véritables joyaux musicaux. La Beauté n’est pas indispensable à l’Art mais elle en reste un solide support.

JLB

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