CH(OSE) / HIC SUNT LEONES : LA REVUE ECLAIR A L’ECHANGEUR DE BAGNOLET

LA REVUE ECLAIR : « Ch(ose) » et « Hic sunt leones » du 12 au 17 novembre 2012 / L’Echangeur / Bagnolet.

Ch(ose) et Hic sunt leones, l’une à la lumière d’une éprouvette, l’autre dans un épais brouillard ont émergé d’une expérience inspirée d’une rencontre artistique, celle de Sandring Buring et de Stephane Orly avec des enfants polyhandicapés de La Roche-Guyon.

Ch(ose) est une chorégraphie, un mouvement, une respiration. Sous une éprouvette, Sandrine Buring se meut à moitié nue. Avec son corps et son visage, elle imprime tout entier une forme dépouillée de repères langagiers coutumiers. A n’en pas douter les émotions que l’on ressent sont confuses ; aucune ne parvient réellement à prendre le pas sur l’autre. On reste cloué devant cette incommensurable brèche ouverte par Sandrine Buring.

Cet effet est d’autant plus puissant qu’il se développe on ne sait comment sous une éprouvette. Le regard du spectateur se fixe magnétiquement sur cette sorte d’univers infini contenu par ce monde clos. La respiration régulière et soutenue envahit entièrement les gradins, à chaque instant tout peu basculer, exploser. Mais finalement les choses s’apaisent, se calment et tendent tranquillement vers la découverte improbable de l’autre.

Cette découverte se fait avec le temps, qui calmement fait son œuvre et rend supportable une présence incongrue : moment particulièrement touchant presque triste mais jamais pathétique. En réactions aux grimaces et autres mouvements improbables, disparait progressivement l’identité stéréotypée de chacun, happée entièrement sous cette forme méconnue. On oublie qu’on est devant cette chorégraphie peu oublieuse. Les traces qu’elle dessine capte ses êtres, leur rencontre et développe une interprétation tout en nuance de ce que pourrait être un rapport au monde radicalement « autre ». Les lumières s’éteignent et avec un sourire aux lèvres on s’incline devant cette valeur de la vie mise ainsi à nue pendant vingt-cinq minutes par Sandrine Buring.

Hic sunt leones (ici sont les lions) guide le spectateur jusqu’à un brouillard épais. Assis dans un transat, il écoute les paroles d’une actrice. Sa voix décrit sa première journée de travail en tant que danseuse dans une institution où sont placés des enfants énigmatiques. Une autre voix indiscernable ponctue ce récit de sons que l’imagination qualifierait facilement de préhistorique tant il semble venir d’un âge hors du temps. C’est une voix qui pousse des cris roques, mystérieux et légèrement effrayants. Placée dans ce dispositif, l’attention flottante se déploie abondamment. On écoute le texte de Stephane Orly pour s’y abandonner. L’atmosphère est propice aux rêveries, à l’errance, au voyage pour le voyage. Seulement le plaisir d’aller d’un endroit à un autre justifie la dérive imaginative. Suspendu, on peine lorsque tout s’achève à quitter cet état d’oisiveté.

Quentin Margne

Vidéos :  http://www.larevueeclair.org/content/view/300/1/lang,fr/
http://www.larevueeclair.org/content/view/271/1/lang,fr/

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