LE MOIS DE LA PHOTOGRAPHIE A BERLIN

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Correspondance à Berlin.
BERLIN : LE MOIS DE LA PHOTOGRAPHIE.

Le mois de novembre est sous le spectre de la photographie, la grande édition 2012 du Mois Européen de la Photographie s’invite à Paris, Vienne, Berlin, Luxembourg, Batrislava, mais aussi à Budapest et Ljubljana, les toutes dernières villes partenaires du réseau européen EMoP : l’European Month of Photography, fondé depuis 2004.

Inspiré par le modèle du Mois de la Photo – organisé depuis 1980 par la Maison Européenne de la Photographie à Paris – cet événement, qui a lieu tous les deux ans, est avant tout une organisation monstre d’expositions consacrées à la photographie.

À Berlin, près de 100 expositions et 200 évènements sont au programme, soit 10000 photographies de 500 photographes à voir du 19 octobre au 25 novembre 2012. Voilà pour les beaux chiffres ronds affichés fièrement sur le site internet du Mois de la Photographie berlinois.

C’est l’occasion pour les écoles, les ateliers de photographies, jeunes talents, amateurs, de présenter au cours de cette manifestation européenne leur travail au grand public; et aux galeries de tirer parti de la vitrine que leur offre l’évènement. Institutions et musées suivent le pas et proposent des photographies de leur collection, pour la plupart historiques, ou mettent à l’honneur le travail d’un photographe.

C’est le cas de la Fondation Helmut Newton qui présente des photographies issus de trois publications White Women, Sleepless Nights et Big Nudes du grand photographe – qui semble s’accorder à l’un des thèmes du festival photographique : voyeurisme. Comme dans chaque grand évènement artistique, des thèmes sont érigées pour encadrer la manifestation ainsi que développer une réflexion sur le médium photographique, qui se défini et redéfini encore dans ses mécanismes, ses enjeux ainsi que ses modes d’apparition. La longue liste d’événements en témoigne.

L’interprétation d’un thème est toujours d’une liberté totale, et heureusement. D’ailleurs, lorsque l’on parle de voyeurisme en photographie, pense-t-on d’abord au photographe ou à celui qui observe la photographie? Regarder une photographie n’a pas le même engagement que celui de la prendre, ni même celui de figurer dedans. Sommes-nous voyeurs ou regardeurs d’images? L’ensemble des propositions pour chaque thème ne se cantonnent pas à une seule perspective de la notion invoquée dans l’intitulé. Les photographies de Newton ne font d’ailleurs pas partie du thème du voyeurisme, bien qu’il se soit défini lui-même comme un voyeur à travers son objectif.

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Les thèmes du Mois de la Photographie berlinois sont nombreux. Un seul reste commun à toutes les métropoles du projet EMoP : distURBANces – Can Fiction Beat Reality? Alors qu’il semble avoir été avorté à Paris, de l’autre côté du Rhin, le sujet donne naissance à deux expositions importantes qui nous offre de nouvelles perspectives de l’image dans les développements urbains, technologiques et politiques.

Le Caire, ville ouverte au Festivalzentrum présente des projets d’artistes – dont celui de Kaya Behkalam Excursions in the Dark sélectionné par le jury du festival – des séries photographiques de reporter, ainsi que des photographies et vidéos d’amateurs, témoins, révolutionnaires. Les images au Caire transportent des informations, dénoncent et soulèvent les foules. On retrouve la vidéo de cette femme au soutien-gorge bleue battue par la police égyptienne, devenue symbole de la violence du régime coupable, qui est relayée par les manifestants qui brandissent l’image témoin. Une exposition qui dresse un bilan sans clore l’histoire mais au contraire nous montre la vivacité de ces mouvements contestataires véhiculés par les images et toujours actuels.

Quant à Thibault Brunet, jeune photographe français, mis à l’honneur par le Computerspielemuseum (Musée des jeux d’ordinateur et vidéos), il expose des images numériques de paysages urbains pris dans Grand Theft Auto, ce jeu vidéo à sensations dans lequel le joueur incarne un criminel sans foi ni loi qui doit se faire un nom dans une ville fictive balnéaire Vice City. Le joueur reçoit des missions et parcourt la ville pour les accomplir. Brunet en capture des paysages urbains vides, déshumanisés où règne une atmosphère mélancolique. Toujours en marge de l’action, il réalise une série de portraits First-Person Shooters, de soldats dans un camp d’entraînements fictif en Afghanistan, d’un hyper réalisme trompeur et troublant.

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Simulacre ou témoin, la photographie endosse plusieurs rôles, elle fixe ce qu’elle capture, moment furtif ou construit, les images multiples qu’elle produit, nourrissent et permettent toujours de nouvelles approches et appropriations.

Dans le lot varié et multiple des expositions de l’édition 2012, des photographes et artistes se démarquent avec des projets ambitieux. Bettina Rheims revient sur le thème du transgenre et de l’androgynie et propose une visite sonore et visuelle dans la galerie Camera Work. Elle présente des portraits de femmes et d’hommes dénudés étonnants et perturbants, où l’écart entre la féminité et la masculinité du corps semble parfois très étroit. La pièce sonore retransmet simultanément les voix des personnes photographiées, au centre de la pièce le visiteur peut distinguer ces différentes voix ou l’expression d’une différence.

Au Deutsche Guggenheim l’exposition Asterisms de Gabriel Orozco présente dans une pièce unique une grande série d’objets résidus, récoltés par l’artiste sur une plage au Mexique et dans un stade de baseball, à la fois sous forme photographique et agencés par couleur et matière dans l’espace d’exposition. Orozco joue avec la double perception de l’objet même et de son image, à la fois présent et représenté. Pour en savoir plus reportez-vous à l’article de l’exposition au Guggenheim New York publié en ligne par Inferno Magazine.

Par ailleurs, le Musée Martin-Gropius ressuscite The Lost Album, un album de plus de 400 clichés de l’artiste, acteur et réalisateur Dennis Hopper, retrouvés après sa mort. Ces Photographies prises entre 1961 et 1967 reflètent une époque mais surtout constituent les prémices d’Easy Rider, son film culte, à l’image d’une « beat generation » en effervescence dans les années 60 aux États-Unis.

La galerie C/O expose une rétrospective presque exhaustive du photographe américain Joel Sternfeld, devenu connu avec sa série American Prospect de photographies documentaires aux États-Unis en 1987. Dans les années 90, il réalise une série, untitulé On this Site, d’images légendées qui témoignent d’une violence, que ce soit une scène de crimes, une arrestation ou un incendie, et dévoilent silencieusement la mémoire du lieu. La documentation est un motif majeur dans la démarche photographique de Sternfeld. Cette exposition retrace l’évolution de son travail et ses préoccupations d’une manière remarquablement limpide. Dans ce même lieu, le visiteur aura l’occasion de découvrir les lauréats du Prix de la Photographie de la Deutsche Börse : Pieter Hugo, Rinko Kawauchi, John Stezaker et Christopher Williams. Quatre artistes-photographes aux sensibilités et pratiques très diverses, de la photographie documentaire à la photographie conceptuelle, qui composent la nouvelle scène photographique allemande.

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Le Mois de la Photographie berlinois est, bien entendu, un lieu de découverte de jeunes talents mais aussi de photographies d’archives sur Berlin. En effet, pour cette édition, plusieurs expositions sont consacrées à Berlin Est et Ouest, ses secteurs d’occupation, les différents quartiers, sa jeunesse et le mouvement punk. La Berlinische Galerie notamment expose des photographies d’artistes de sa collection du temps de la RDA ; des artistes qui retransmettent l’image d’une époque, la recherche d’un idéal et sa critique. Chaque lieu présente à sa manière ces images d’archives, la liste est longue et je ne tenterai pas de vous faire un compte rendu ostentatoire.

Dans le Mois de la Photographie rien ne se vaut et tout a sa place, initiés, amateurs et curieux peuvent imaginer plusieurs parcours à travers la manifestation. On regrette parfois en tant que visiteur que les brochures ne disposent pas de plans qui nous permettrait de s’orienter plus facilement entre les différentes expositions. Pour ceux et celles qui n’ont pas eu l’occasion d’être à Berlin pour l’événement je vous invite à visiter le site internet qui offre un bel aperçu des différentes pratiques et sujets photographiques de l’édition 2012 qui tend maintenant vers sa fin.

Charlotte Perrin

Site : http://www.mdf-berlin.de/

Visuels : 1/Bettina Rheims, Edward V. III, Paris 2011 2/ Thibault Brunet série Vice City, 04.01.2012 20h00 3/ Helmut Newton Berlin 1991 4/ Joel Sternfeld

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