FOCUS : ALI KAZMA A LA 55e BIENNALE DE VENISE

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FOCUS : ALI KAZMA / Pavillon de la Turquie / 55e BIENNALE DE VENISE.

Nous ouvrons avec ce Focus sur l’artiste turc Ali Kazma un dossier spécial Biennale de Venise 2013, dont l’inauguration est prévue pour le 29 mai prochain. Ce premier rendez-vous inaugure une série. Suivront donc jusqu’à l’ouverture officielle de l’événement un choix de focus et portraits des artistes participants. Ali Kazma est vidéaste. Il représentera la Turquie pour cette 55e Biennale de Venise.

Né en 1971 en Turquie, Ali Kazma vit et travaille à Istanbul. Vidéaste, il participe à de nombreuses expositions en France, en Suisse, en Amérique Latine, en Italie, aux États-Unis. Son travail a été montré dans le cadre des Biennales d’Istanbul 2001 et 2010, à l’Istanbul Modern, à la Biennale de la Havane à Cuba, au San Francisco Art Institute en 2006, et au Palais de Tokyo dans le cadre d’un “Special film screening”, présenté à l’occasion de l’attribution du Prix Nam June Paik, qu’il obtient en 2010.

Ali Kazma développe depuis le début des années 2000 une singulière manière de représenter l’activité humaine. Qu’il s’agisse de rendre compte de l’habileté professionnelle d’un boucher d’Istanbul, de celle d’un horloger, d’un taxidermiste, d’ouvrières du textile dans une usine de jeans, de danseurs ou d’un peintre…, un même dispositif est à l’œuvre : attention, documentation, subtilité de la mise en forme.

Ali Kazma inventorie l’univers du travail et de la production humaine, matérielle comme esthétique. Son écriture privilégie la précision optique, l’ellipse narrative, les effets plastiques inattendus, sans jamais tomber dans la facilité ni dans la séduction. Cette saisie visuelle est objective, directe, les images vidéos d’Ali Kazma relèvent d’un geste à la fois archéologique et poétique. Archéologique, de par la volonté d’exactitude de l’artiste et la précision extrême avec laquelle il filme les gestes liés au travail. Poétique, de par l’esthétique des images et la construction consciente d’un monde où l’homme se réalise dans son activité — qui devient alors, au sens même de Hannah Arendt, une « action ». Il résulte, de cette manière de faire si particulière à Kazma, une impression tenace de vérité. Il en émane une prégnante sensation de beauté.

Par sa volonté manifeste de ne jamais exagérer, de ne pas s’abandonner à l’hubris (la démesure), Ali Kazma entend aussi donner une leçon qui plaide avec force contre l’économie spectaculaire qui a fini par régir le champ des images communes dont nous abreuvent médias télévisuels et écrans d’ordinateurs. L’art se constitue alors comme une poétique d’appréciation au plus près de notre condition. Décliner des images du travail à la manière d’Ali Kazma équivaut dans ce cadre à métaphoriser ce qui fait l’essentiel de nos vies, l’activité, en l’inscrivant dans une dynamique d’élévation. Si la réalité peuple bien ces images-là, le sublime n’en est jamais loin non plus. Le spectateur face à l’écran balance constamment entre un sentiment d’acquiescement et de fascination. Oui, c’est bien ainsi que les hommes vivent.

Qu’advient-il alors quand ils ne vivent plus dans un lieu donné ? Quelles traces historiques laissent les hommes quand ils s’en vont ? C’est à ces questions que répondent les deux vidéos de Kazma présentées dans « L’Histoire est à moi ! », dont les titres, en filigrane, connotent la recherche de traces.

« Les vidéos d’Ali Kazma, pour nombre d’entre elles, se consacrent à inventorier lieux de travail, manières de travailler et conditions de l’activité humaine concrète aujourd’hui, en des lieux variés (l’artiste, qui a étudié à Londres puis à la New School de New York, est familier des cultures occidentales et extra-occidentales). Lors de la biennale de Lyon de 2007, à l’invitation du commissaire Hou Hanru, il a présenté ainsi, côte à côte, trois vidéos que venaient thématiquement unifier le thème du travail manuel. Ali Kazma, dans le cadre de working men, réitère ce type de proposition en consacrant ses images à un neurochirugien et à un horloger.

Ali Kazma recourt au genre de l’enregistrement avec une prédilection marquée pour l’attention rapprochée et le regard patient. Ses oeuvres prennent le temps: celui de l’observation au plus près, dans une perspective descriptive mais aussi analytique, via le recours à un filmage précis qui goûte de s’appliquer au détail. Le dispositif de présentation des images a aussi son importance. Il est fréquent que l’artiste recoure à un affichage multiécran, parfois spectaculaire comme c’est le cas avec What Remains (2003). Cette installation vidéo à douze canaux restitue l’univers d’un match de football, des vestiaires en passant par le jeu sur le terrain, à partir du filmage du coach de l’équipe du Galatasaray Istambul, Fatih Terim, saisi dix-huit minutes durant en pleine activité. L’image produite, débordant le cadre documentaire, s’élève par extension au rang de vecteur cognitif. Elle montre sans dramatiser, et rend explicite sans prendre position.

Les réalisations vidéo d’Ali Kazma s’investissent dans la pratique du regard neutre, pour ce résultat: le travail montré comme une compétence, comme un savoir faire ,en tant qu’une des formes constructives de l’activité humaine, montrée ici sans esthétisation ni sous-entendu idéologique. » (Paul Ardenne)

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Visuels / Ali Kazma : vidéogrammes de Sans titre, Portrait, Jean Factory, Black Box, Missoni / Copyright Ali Kazma

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