STEVEN PARRINO : LES OEUVRES-CLES DE L’ARTISTE DESTROY CHEZ GAGOSIAN PARIS

Process Cult, 2004. Enamel on canvas, diameter 84 in

STEVEN PARRINO, avec BMPT, Armleder, Hantaï, Barré… / Galerie Gagosian, Paris / du 21 mars au 25 mai 2013 / Vernissage: le jeudi, 21 mars de 18h00 à 20h00

Quand j’ai commencé à peindre, le mot d’ordre était «la peinture est morte». J’ai trouvé que c’était une place intéressante pour la peinture […] La mort peut être rafraichissante, je me suis donc engagé dans la nécrophilie….Steven Parrino

Nous ne sommes pas des peintres.BMPT

Gagosian Gallery présente une exposition regroupant pour la première fois des œuvres clés de l’artiste américain Steven Parrino et de ses homologues européens, sur deux générations: John Armleder, Martin Barré, Daniel Buren, Simon Hantaï, Olivier Mosset, Michel Parmentier et Niele Toroni.

Steven Parrino a su apporter une véritable sensibilité punk à l’histoire de l’abstraction. Dès le début des années 70, il commença à attaquer littéralement ses peintures, en perçant et tordant leurs surfaces ou en les tirant de leurs châssis afin de perturber la forme rectangulaire chère à la peinture conventionnelle. Ces «misshaped canvases» peints en émail visquueux ou en laque, comme Spin-Out Vortex (Black Hole) (2000) et Skeletal Implosion (Thick Stripes) (2001) furent, en partie, des réponses vigoureuses et performatives à l’esthétisme raffiné de la tradition abstraite. 13 Shattered Panels (for Joey Ramone) (2001), installation de la taille d’un mur constituée de placos peints en noir brillant, est une composition abstraite, spontanée et sensible, née d’une action destructrice et rendant hommage au mouvement punk. Son groupe de musique, The Ramones, a, d’ailleurs, profondément changé la scène musicale américaine de la fin des années 70, par ses accords de guitare simplifiés et un style visuel minimaliste fait de cuir noir et de jeans déchirés.

Grâce à une conscience développée de l’histoire, de la sémiotique, des possibilités spatiales de la peinture, associées à sa fidélité à la culture populaire radicale, Parrino n’a cessé de répéter des ruptures symboliques osées et sans précédent. Ce bond audacieux imprégna son travail d’un sens très développé de l’objectivité et de la physicalité latente de l’objet, mais aussi de signes puissants du temps, de l’existence et de contenu sublimé.

Des liens visuels évidents apparaissent entre l’Œuvre de Parrino et celles de deux générations d’artistes européens, en commençant par le BMPT. BMPT fut fondé par Buren, Mosset, Parmentier et Toroni dans le but de remettre en question les méthodes établies de la création artistique et de théoriser une nouvelle fonction politique et sociale de l’art et des artistes. En 1966–67, les membres du groupe présentèrent cinq performances, ou «manifestations», questionnant les prérogatives des auteurs et le rôle institutionnalisant des salons de Paris.

Plus largement, BMPT a su critiquer le caractère spectaculaire et conscient de la nouvelle avant-garde en France. Les membres remirent en question les idées établies du statut d’auteur et d’originalité en déclarant qu’il leurs arrivait souvent de peindre à la place d’un autre, tout en insistant sur l’objectivité, plutôt que sur l’originalité de leurs tableaux. Cherchant à créer un art simple et évident, ils supprimèrent la subjectivité et l’expressivité en faveur de systèmes pratiques, comme l’utilisation de motifs neutres et répétitifs et le rejet manifeste de toute tradition esthétique; ainsi le montrent la peinture de Buren aux rayures noires et blanches tissées et au châssis légèrement ondoyant Peinture aux formes variables (1966), mais aussi la composition vive de Parmentier 30 Janvier 1968 aux rayures horizontales rouge de largeurs variables, ou encore les empreintes de pinceaux carrées des huiles sur toile de Niele Toroni.

Cette position atteignit son apogée avec le «degré zéro de la peinture» de Mosset, ami proche de Parrino. Leurs affinités artistiques engendrèrent des collaborations occasionnelles. Untitled (1970), une des deux cents huiles sur toile représentant toutes un petit cercle noir au centre d’une toile d’ 1 m2 produites entre 1966 et 1974, démontre la quête de Mosset pour la pureté de la forme qui aboutit à une totale ambivalence.

Bien que sensibles aux objectifs du BMPT, Armleder, Barré, Hantaï ont opté pour des attitudes plus libres et moins orthodoxes. L’Œuvre d’Armleder inclut toute forme d’art, allant du dessin abstrait au «mobilier sculptural», en passant par la performance et la photographie. Son œuvre est représentée ici par CRE (Furniture sculpture) (1986–2006), une ligne de 4 chaises identiques de Eames juxtaposées à côté d’une peinture sobre et rayée.

À partir des années 1970, Barré a, quant à lui, exploré les possibilités de l’abstraction systématique, changeant de cap à chaque fois qu’un système choisi devenait trop stable ou prévisible. Dans ses peintures à la bombe, il remplaça le travail au pinceau traditionnel par des aplats linéaires et de contrastes chromatiques, créant l’illusion que les compositions finales étaient découpées à partir d’autres plus grandes. Dans 65-A (1965), une ligne noire, jaillissant du coin d’une toile taupe, semble transcender les limites de sa toile et de son cadre. Les peintures à la bombe ont ainsi annoncé les œuvres de Barré qui suivirent, dans lesquelles les relations visuelles fonctionnant à l’intérieur et entre les séries de peintures devinrent primordiales.

Hantaï est, lui, mieux connu pour sa technique du pliage, développée dès la fin des années 50, qui donne un caractère formidablement lyrique à ses compositions. Etude Reverdy (1969), est une immense toile bleue hyacinthe froissée, au dessin dynamique et irisé provoqué par l’action du pliage et du dépliage de la toile peinte. Parrino a lui aussi employé une technique similaire mais avec des résultats très différents.

Steven Parrino est né à New York en 1958, où il est mort en 2005. Parmi ses expositions, on compte “The Painted World“, P.S.1 Contemporary Art Center, Long Island City (2005); 2006 Whitney Biennal; “Steven Parrino” Musée d’Art Moderne et Contemporain, Genève (2006); “Steven Parrino,” Palais de Tokyo, Paris (2007).

Parrino_1[1]

Visuels : 1/ Process Cult, 2004, enamel on canvas, diameter 84 in – copyright Whitney Museum New York 3/STEVEN PARRINO 13 Shattered Panels (for Joey Ramone), 2001 13 standard panels of gypsum plaster board painted with black industrial lacquer/ Dimensions variable – copyright Gagosian Paris.

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