FESTIVAL TRANSAMERIQUES : « L’HOMME ATLANTIQUE » DE CHRISTIAN LAPOINTE

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Envoyé spécial à Montréal.
FESTIVAL TRANSAMERIQUES 2013 Montréal : L’homme Atlantique (et la maladie de la mort) / Du 31 mai au 2 juin / place des Arts cinquième salle

Que voulons-nous vraiment ? Cette question est la toile de fond de ce plateau. Elle esquisse un rapport particulier entre le public placé au centre du récit et les acteurs de « L’homme Atlantique », dirigés par Christian Lapointe. Autrement dit, qu’avons-nous à nous dire ? Ce théâtre s’interroge sur cette chose qui produit du lien entre les êtres. Ici, le lien est médiatisé d’emblée, matérialisé par une caméra plantée en avant-scène, aussi droite qu’immobile. Elle capte les traces d’apparitions et exige certaines choses : ne pas faire semblant, ne pas vouloir à tout prix que la chose voulu vienne au moment où le désir commence à poindre, suggérant à l’inverse de se diriger coûte que coûte sur le chemin de l’incertitude.

A l’impossible nous sommes tous tenus ! Christian Lapointe a creusé du coté de l’œuvre à la fois cinématographique et littéraire de Marguerite Duras pour que cette impossible advienne. Ce faisant, il parvient à produire le sentiment d’avoir laissé sur scène avec les acteurs quelque chose, mais quoi ? Quelque chose de l’ordre de l’intime. Un fil intérieur, qui coud un film pouvant se regarder les yeux fermés et un livre, « la maladie de la mort ». Une histoire d’amour impossible, sublimée par une sexualité à fleur d’une prostituée inapte à aimer son amant.

On est bien loin là de l’immersion habituelle programmée quotidiennement par la société de consommation qui ne cesse de produire des images désirables dont nous devrions nous contenter. Les trois acteurs remettent profondément en question cette position un peu passive, très béate, propre au spectateur d’aujourd’hui. Semblable au prisonnier de la caverne décrit par Platon, eux qui ne connaissent de la réalité, seulement son ombre.

L’immersion dans une des fanges de l’impossible est peut-être un brin convenue et hésitante, au début. Disons que visuellement les premiers placement triangulaires des acteurs lassent assez vite le regard et la pensée, car figés et dévitalisés en ce premier temps monotone. Puis soudain, les synapses s’éveillent, la toile de fond se ramasse sur elle-même, les protagonistes s’enferment et la vie sensorielle reprend ses droits. La substance de l’existence prend forme dans les mots qui sont à dire et leur ombre, projetés sur des écrans. Le voyage intérieur commence à partir de cet endroit, de ce renversement des codes théâtraux et amoureux. De là, tout devient moins clair, comme une nuit où il est impossible de s’endormir. Les mots et les projections visuelles travaillent au cœur d’une grande attente. Les acteurs rongent un os déjeté par l’amour. Ils cherchent par-delà la volupté de la chair, et trouvent une volupté plus cachée.

Une soif grandit à mesure que le temps passe. Elle apparaît dans la variété des paysages déployés par Christian Lapointe et embrassés par ses trois acteurs. Un passage durassien notamment et répété jusqu’à en être usé par Jean Alibert. Durant cette performance d’acteur aussi subtile qu’habile une chose demeure. Nous n’avions pas encore connu toutes les formes de bonheurs, de méditation ou de tristesse que pouvaient envelopper ce texte. Cela n’avait jamais été ni fait, ni pensé, ni dit de cette manière, et soudain tout apparaît d’une virginité parfaite. Christian Lapointe à réussi son pari avec Marguerite Duras. Il est parvenu à absorber complètement son œuvre dans le moment présent et a su la faire fléchir à son théâtre, ou peut-être est-ce l’inverse qui s’est produit ?

Quentin Margne

Photo Yan Turcotte

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