NACERA BELAZA : « LE TRAIT » A LA FERME DU BUISSON

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Nacera Belaza : Le Trait / Hors Saison Arcadi / La Ferme du buisson, Marne-la-Vallée.

La Ferme du buisson accueillait l’un des temps forts du festival Hors saison organisé par l’Arcadi. Au cœur d’un après-midi capricieux de février, l’atmosphère du Studio hissé sous les combles s’est chargée d’une énergie particulière, le temps semble suspendu, les sens sont aux aguets, l’imaginaire tourne à plein régime. Nacera Belaza a le secret de cette danse qui se tient au plus près de l’épure tout en nous entrainant vers un débordement comme rarement un spectacle peut mettre en partage.

Le titre tranchant de cette œuvre créée en réponse à une invitation lors de l’édition 2012 du festival d’Avignon, ne saurait cacher la nature complexe et imprévisible d’un objet chorégraphique composé de deux soli et un duo. Le Trait pourrait bien être ce lien subtil qui agit discrètement mais obstinément à l’intérieur de la matière dansée pour que ces trois mouvements se répondent dans des jeux de miroitement insoupçonnés.

Une obscurité épaisse, habitée, persiste sur le plateau. Des bruits étouffés, des chants lointains nourrissent sa texture dense. Une risée de lumière écume le bord de la scène. Collaboratrice fidèle de la chorégraphe, Dalila Belaza, sa sœur, se tient comme en apesanteur sur la ligne de crête d’une vague suspendue, toujours sur le point de déferler. Ses gestes sont lents et concentrés, son corps fuyant, insaisissable. L’espace l’enveloppe, poreux et vibratoire. Elle pourrait à tout moment s’y dissoudre. Les rythmes particuliers qu’elle imagine pour la lumière, le son et sa danse, s’entretissent savamment dans une respiration vaste dont chaque ressac nous attire plus profondément vers les limbes d’une expérience sensorielle d’une incroyable douceur.

Des sonorités âpres, proches du râle sourd des grandes pleines arides balayées par le vent, remuent l’obscurité. Une nouvelle qualité de présence s’y affirme, impérieuse. Nacera Belaza nous apparaît au cœur de La Nuit, système axial, épicentre de tout un univers. La lumière en contre-jour brule son profil tout en ménageant une irréductible part d’ombre. Hypnotique, la chorégraphe entame un tournoiement lent et obstiné. Elle avouait déjà dans L’Equilibre en soi, être à la recherche du geste qui recouvrait à lui seul le questionnement d’une vie entière. Sa danse se fait ascèse. Son intensification entraine des tourbillons d’énergie qui excédent les limites du plateau dans un mouvement profondément immersif.

Subrepticement, le rythme fluide bute dans des saccades, se cristallise en piétinement serré, répercuté en tressaillements qui saisissent l’ensemble du corps évoluant désormais comme sur des braises. Le Cercle, dernier mouvement de la pièce, porté par Mohamed Ali Djermane et Lotfi Mohand Arab, conjugue des battements fulgurants et des « lâcher prise » extrêmes, des crépitements et des déflagrations imprévisibles. Nacera Belaza s’intéresse ici à des corps qui se laissent agir par les sons dont ils épousent l’écho, et semble chercher de nouvelles pistes dans son travail. Sa prochaine création est d’ailleurs très attendue au festival Montpellier danse.

Smaranda Olcèse

Photo © Laurent Philippe

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