MAUVAIS GENRE : GROUP-SHOW GALERIE ADDICT

MARIANNEMARIC1

MAUVAIS GENRE / Group show / Une proposition de Laetitia Hecht et Samantha Barroero / Addict Galerie, Paris 3e / 21.10.2014 – 20.12.2014. Vernissage le Samedi 18 Octobre à partir de 18h.

Sur une proposition de Laetitia Hecht et Samantha Barroero, La Galerie ADDICT présentel’exposition « Mauvais genre » du 21 Octobre au 20 Décembre 2014. Durant l’exposition, des artistes invités présenteront des performances, lectures, débats, projections… les « Samedi mauvais genre ».

« Rimbaud, décidé à ne pas être sérieux à dix sept ans, se vit abandonné par ses amis sous prétexte de « mauvais goût ». Il se radicalisera par une conduite déviante et une mise négligée : ce « mauvais genre » finira par révolutionner l’art poétique.

L’artiste authentiquement novateur a toujours été attaqué sur le terrain du goût, censuré, mis à l’index au nom de la décence, de l’acceptable par une pensée dominante corsetée dans son « bon genre ». Aveugle sur la réalité des pulsions qui la travaillent ou des lois qui la guident, la société préfère coller des étiquettes infamantes sur ce qui la dérange. L’artiste n’en a cure. Il travaille à la marge, investit à la frontière. Adepte de la destruction créatrice, il ouvre une brèche féconde qui, en autopsiant la société, la décille, lui intime de changer de langage. Comme en mathématique la dérivée d’une fonction indique, par un calcul à la marge, le sens d’une courbe, l’artiste, dans sa dérive et sa marginalité, informe la société sur la direction qu’elle emprunte sans en avoir toujours conscience. Puis, la marge finit par devenir la norme en repoussant sans cesse les limites du mauvais genre.

Laetitia Hecht et Samantha Barroero ont aussi fait le choix d’exhumer le mauvais genre là où, parfois, on ne l’attend pas. Photographies, peintures ou collages ne cherchent pas à choquer mais à opérer des rapprochements inédits. Elles révèlent que le plus intime peut toucher à l’universel, que l’innocence du regard et la complicité de la lumière sacralisent certaines images et désamorcent les réactions de rejets.

Par exemple, le destin du rose, couleur de l’innocence et de la quiétude. Sa charge symbolique a semblé longtemps bien ancrée dans l’imaginaire collectif: panoplie sublimée de la petite fille, enveloppe épithéliale d’un organe sain (langue rose), signal éclatant d’une santé prospère (joues roses), affichage d’un sentimentalisme sucré (romans à l’eau de rose), existence idéalisée (La vie en rose). Puis, le rose est entré en dissidence pour se pervertir en une teinte hypocrite, cachant sa nature profonde de rouge « désaturé ». Il s’est mis à signaler les plaisirs tarifés (téléphone rose), les polissonneries perverses (ballets roses), les voyages sous psychotrope (éléphants roses). Pourquoi le peintre ne l’arborerait-il pas comme le point d’orgue de son itinéraire créatif ? Pourquoi une telle monochromie ne serait pas l’aboutissement des sens interdits des aventures de l’art ? Cette démarche appartient aussi au mauvais genre car elle retourne comme un gant la vieille convention qui faisait d’une couleur, symbole de sérénité mièvre, l’avatar moisi de certitudes surannées.

En s’emparant à sa façon de l’expression artistique, le « mauvais genre » affronte aussi sans détour la question du langage dominant, ce mode de communication qui impose ses canons, nomme sans dire, désigne sans éclairer. Une telle emprise empêche l’échange authentique entre les individus, c’est à dire la symbiose, la communion. Pour Godard, par exemple, dire « Adieu au langage », c’est se désespérer de ne pouvoir donner leur vrai sens aux mots. Ainsi la 3D ne révolutionne pas, comme on le prêche, la perception de l’espace, elle ne fait que donner du relief à la platitude. Le « mauvais genre », lui, cherche à pénétrer la réalité. Pour cela, il la regarde de biais, fait un pas de côté sous une lumière rasante, apte à saisir ce que le langage commun est impuissant à exprimer : la profondeur, l’émotion, le désir. De là, le sentiment que les images affichées par l’exposition adoptent l’angle de la perspective juste, celle qui suggère la signification profonde de ce qui est montré. Le mauvais genre revêt alors les oripeaux d’une salutaire salubrité. »

René Bonnell (CP « Mauvais Genre)

Artistes : Ghada Amer, Hans Bellmer, Gilles Berquet, Robert Crumb, Marie-Laure Dagoit, Daniel Darc, Pierre Denan, Braco Dimitrijević, Noël Dolla, Jean Faucheur, Nicolas Fenouillat, Dominique Figarella, Laurent Friquet, Paul-Armand Gette, Raoul Hausmann, Bernard Heidsieck, Just Jaeckin, Françoise Janicot, Susanne Junker, François Lagarde, Vivian Maier, Marianne Maric, Fred W. McDarrah, Pierre Molinier, Daidō Moriyama, Olivier Mosset, Derek Ridgers, Bruno Rousseaud, Ed Ruscha, Steve Schapiro, Stephen Shames, Winston Smith, Alberto Sorbelli, David Teboul & Guests …

Un coffret Mauvais genre en exemplaire limité sera édité en collaboration avec Les éditions derrière la salle de bains.

Visuel copyright Marianne Maric

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