BIENNALE DE LYON : MAUD LEPLADEC « DEMOCRATY » / PROPAGANDE C « GERRO, MINOS AND HIM »

Gerro, Minos & Him

16e BIENNALE DE LA DANSE DE LYON : Maud LePladec : Democracy / Propagande C : Gerro, Minos and Him

La danse dans tous ces états, c’est ce que nous offre tous les jours du mois de septembre la 16e Biennale de la Danse de Lyon. Du Flamenco à la danse classique en passant par le Hip-hop, la programmation regarde de tous les côtés, sans oublier la danse contemporaine. Voici deux exemples de réussite totale, par une « famille » de danseurs jeunes et engagés :

Maud LePladec : Democracy
Quatre batteries sont réparties sur la scène. Le public entre au compte goutte, comme les interprètes. On ne distingue pas encore qui est danseur et qui est batteur. Coup ! Le spectacle commence. S’en suit des traversées dynamiques, d’une batterie à l’autre pour que chacun y aille de son coup sur les différents toms. On commence à distinguer (l’art du poignet) qui sait taper sur une batterie de qui le sait moins. On commence à voir (l’art du mouvement) qui sait se déplacer sur une scène et qui le sait moins.

Les interprètes regagnent chacun leurs espaces : les danseurs au centre du plateau, les batteurs derrière leurs instruments. Le corps devient alors spasme, uniquement dirigé par la percussion. On saluera la qualité des danseurs dans leur capacité à se séparer de leur corps et à l’offrir à la scène et au tempo. L’homme disparaît derrière son beat. Cette disparition est accentuée par l’univers qui se dégage de Democarcy : régulier, organisé, blanc. La froideur du dessin contraste avec la chaleur de ce travail sur le lâcher-prise. Tout l’intérêt de la pièce repose dans cette alternance de pouvoirs : je lâche prise pour me laisser aller à la musique, je retiens, je prends le pouvoir et dirige les percussions, je suis contrôlé par le rythme. Au bout d’un moment, évidemment, c’est le souffle des danseurs qui devient la percussion.

On remarquera aussi évidemment la performance musicale du groupe TaCTuS dans l’écriture (deux des trois morceaux sont des compositions originales dont une du groupe lui-même) et dans l’interprétation. Les musiciens se laissent manipuler et jouent le jeu de travailler leur présence scénique.

Le tout est merveilleusement éclairé par Sylvie Mélis qui propose un travail hyper-ingénieux, cohérent et intelligent entre lumières aux néons et lumières incandescente. Enfin un spectacle qui utilise avec pertinence le stroboscope ! Rarement les lumières n’auront apporté autant de souffle à une proposition chorégraphique. Le travail intransigeant sur les percussions (quatre batteries ensemble c’est déjà beaucoup, une heure entière et en plus ils sont sonorisés) gênera certains spectateurs qui quittent la salle. Il la quittent, mais en rythme.

Dans ce spectacle débordant d’énergie, on remarquera l’engagement physique sans faille de Simon Tanguy, qui est aussi un des chorégraphes/interprètes d’un trio contemporain qui ose tout. Outre cette présence commune, les deux spectacles se rapprochent car ils montrent une génération de danseurs qui assument leur envie de mouvement, leur désir de danse et leur recherche chorégraphique pointue et exclusive. Cette nouvelle génération réussit à allier performance (le désir du spectaculaire, l’envie d’une écriture qui va exister dans le temps) et performance (le désir du sens, l’envie de l’impromptu). Ils réussissent à assembler XIXe et XXe siècle tout en préparant l’avenir de la danse contemporaine.

Propagande C : Gerro, Minos and Him
Trois mâles entrent en scène, un peu ahuris d’être là. Ils sont un peu sales et n’ont pas de pantalon. Ils se scrutent, se sentent, se jaugent. Ce pourrait être une race disparue de danseurs, qu’on aurait retrouvé perclus dans les loges d’un vieux théâtre. Des classiques de Neandertal. Époque pré-cunningham. Decouflé y a retrouvé par mal de ses congénères, dans cette réserve hors du temps.

Ces trois bonhommes – Aloun Marchal, Roger Sala Reyner et Simon Tanguy – réussissent bien leur coup. C’est à la fois très doux dans la technique, dans les jetés ou les tours et très brut dans l’interprétation. A la fois très drôle et très intense, le propos ne se dilue pas dans les séquences humoristiques. Comment on vit en communauté ? Car trois, c’est déjà une société. Comment se bat-on (car il s’agit bien de se battre, surtout quand on est entre mecs) pour obtenir ce que l’on veut ? Et tout les accessoires qui en découlent se déclinent : solitude, exclusion, débat, diplomatie, concessions…

Le spectacle est émaillé d’une série de rites : Ode au Dieu Soleil (les lumières viennent irradier le fond de scène), brame des cerfs en duo, fête du feu, éveil du printemps…

Tout en criant son « Géro, where are you », l’excellent Simon Tanguy (aussi dur qu’il est drôle, aussi drôle qu’il est bon danseur) appelle, convoque aussi tous les héros Beckettiens et c’est Godot qu’il entend, tout en se grattant les couilles. Car ils sont triviaux, ces trois hurluberlus. Ils ont quelque chose des anges crottés pas encore montés au ciel. Ils se battent comme des chatons mais cela nous arrive comme la graine d’une grande guerre que le temps va dilater.

Les graines d’aujourd’hui sont les arbres de demain. Cette 16e biennale de la danse nous apporte la joie de découvrir les forêts virtuelles de l’art chorégraphique du XXIe siècle.

Bruno Paternot
envoyé spécial à Lyon

MAUD LE PLADEC – Cie LEDA : DEMOCRACY
Présenté au Toboggan, Décines
Pièce pour 5 danseurs et 4 musiciens — Création 2013 — Durée 50 min
Chorégraphe : Maud Le Pladec
Danseurs : Nicolas Diguet ou Julien Gallée Ferré, Maria Ferreira Silva, Corinne Garcia, Mélanie Giffard, Simon Tanguy — Musique : Ensemble TaCTuS (YingYu Chang, Paul Changarnier, Quentin Dubois, Pierre Olympieff) — Création lumières : Sylvie Mélis — Création costumes : Alexandra Bertaut — Assistant musical : Gaël Desbois — Documentation : Youness Anzane — Régie générale : Fabrice Le Fur — Assistant création lumières et régie lumières : Nicolas Marc — Régie son : Vincent Le Meur — Création des décors : Vincent Gadras
Accueil : Le Toboggan / Décines, Biennale de la danse

ALOUN MARCHAL, ROGER SALA REYNER & SIMON TANGUY – Cie Propagande C : Gerro, Minos and Him
Présenté à l’ENSATT, Théâtre Laurent Terzieff
Trio — Création 2012 — Durée 50 min
Chorégraphie et danse : Aloun Marchal, Roger Sala Reyner, Simon Tanguy
Création lumière : Pablo Fontdevila — Regard extérieur : Katerina Bakatsaki, Benoît Lachambre, Igor Dobricic

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Visuels : 1- Propagande C, photo Laurent Paillet / 2- Maud LePladec, photo Constantin Lipatov

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