GRAND MAGASIN : INVENTER DE NOUVELLES ERREURS

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Grand Magasin : « Inventer de nouvelles erreurs » / Théâtre de Gennevilliers du 5 au 15 novembre dans le cadre du Festival d’Automne à Paris / Durée estimée : 1h15

On nous le dit d’emblée : tout part d’un conte de Leibniz. Une princesse et un gentilhomme, philosophant dans un jardin, comprennent au bout du compte qu’il n’existe pas deux feuilles qui se ressemblent. Et ce constat sur lequel s’ouvre Inventer de nouvelles erreurs est le thème de cet opéra déjanté : le sujet, donc, mais aussi le motif sonore car l’historiette, tantôt psalmodiée par les comédiens, tantôt chantée par deux sopranos aux voies jumelles se répète et se nuance sur les seize variations musicales composées par Tom Johnson. Ici, Grand Magasin éprouve au théâtre le concept de Leibniz, fait de la philosophie appliquée.

D’ailleurs, la structure de la pièce exprime cette logique expérimentale. En effet, le making off précède l’opéra, on nous montre les coutures avant le ficelage final, le climax entonné par deux cantatrices en tenues de princesses kitchissimes. Tout l’avant-propos obéit à une construction sérielle. Les acteurs établissent des listes, énumèrent le nom de fleurs, d’insectes, de parties du corps humain. Et c’est dans le cadre de ses répétitions mathématiques qu’émergent, par bribes, d’infimes variations poétiques.

Mais le spectateur est parfois pétrifié par la formalité déconcertante de la mise en scène: sur le plateau, il n’y a presque rien. Le fond, noir. Sur le sol, des chaises colorées, des oranges éparpillées, parfois une couverture qui recouvre le corps plié d’un acteur. Les costumes sont simples, ceux de la vie de tous les jours, rehaussés par des parures découpées dans des assiettes en carton. Les comédiens sont aussi neutralisés. Ils changent de prénoms au fil de la pièce, deviennent des automates au langage robotique.

La pièce est résolument minimaliste. Or, on aurait aimé qu’elle soit infinitésimale, selon la définition moderne qu’en fait Jean-Philippe Toussaint dans Pour un roman infinitésimaliste; qu’elle se réfère à deux infinis, l’infiniment petit et l’infiniment grand. Il manquait l’infiniment grand.

Lou Villand

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