LES VERTIGES D’HITCHCOCK, DANSE EN SUSPENS…

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« Les Vertiges d’Hitchcock » : Cie Eco / Espace Boris Vian LEs Ulis .

C’est dans la salle magnifique -mais compliquée à habiter- de l’Espace Culturel Boris Vian des Ulis que la compagnie Eco, dirigée par le chorégraphe Emilio Calcagno présentait en avant première sa nouvelle création : Les Vertiges d’Hitchcock.

Oh qu’il est malin ce spectacle ! Malin car la figure d’Alfred Hitchcock est suffisamment forte pour tenir une heure dans une pièce chorégraphique et suffisamment floue pour éviter le copier/coller. Tout le monde a en tête des images de ce cinéma purement hollywoodien (même pendant la période londonienne d’Hitchcock) fait de grandes blondes aux poignards et de play-boys buvant un whisky. Tous les ingrédients sont facilement posés sur la scène et l’habillent vite et bien sans pour autant bloquer l’imaginaire.

Le cinéaste a tellement réalisé et de façon tellement inégale qu’il est fort possible de puiser à gauche ou à droite sans trahir l’œuvre. On ne lui connaît pas d’Ayatollah qui contrôlerait « l’hitchcoquité » d’une pièce. On peut aussi certainement s’inspirer facilement d’Hitchcock parce que le maître du suspense a lui-même beaucoup pillé. En signant systématiquement des adaptations de romans médiocres, il savait qu’il signerait une œuvre au moins aussi forte que le roman de gare original*.

Peut-être Calcagno fait-il de même ? Qui place un film d’Hitchcock dans son top 3 des plus grands films de tous les temps ? Le cinéaste reste un créateur de films de divertissements qui appliquent recettes et ficelles avec élégance. Heureusement, la création de Calcagno réussit à aller plus loin, notamment dans le seconde partie de la pièce où le rideau de fond de scène s’ouvre et où il utilise d’autres symboles, d’autres envies et réussit à transcender l’image du film noir pour en faire quelque chose de plus personnel, de plus brûlant. Des ponts se tissent, des liens incongrus (d’Hitchcock à Cunningham) se font avec logique et cohérence et permettent d’éclairer notre vision de notre propre bagage culturel.

On saluera surtout la capacité de Calcagno à s’entourer de partenaires impeccables. Bien qu’ils n’aient pas vraiment le type de Cary Grant ou de James Stewart, les deux interprètes masculins sont aussi doués que leurs homologues féminines. La danse est technique, très écrite et un peu froide, à l’image de ce cinéma américain. Cette précision chirurgicale trouve son pendant dans la présence très intense des interprètes. Côté technique, les créateurs sont tout aussi doués : la lumière (Baptiste Delestre et Nicolas Lemoine) et la bande son (Aurélien Richard), toutes deux très très présentes, presque écrasantes -comme dans les films- sont de belles réécritures des inventions hitchcockiennes. C’est d’ailleurs dans cet aspect citationnel qu’on retrouvera la touche d’humour des films. Contrairement aux MacGuffins et à l’humour, on regrettera de ne pas voir assez la retranscription du suspense sur la scène. A l’inverse du mystère, dans le suspense le spectateur est au courant de ce qui se passe avant le personnage. C’est parce qu’on sait qu’il y a une bombe à retardement dans le sac, parce qu’on a vu le meurtrier par la fenêtre qu’on attend la suite. Tout ce travail, limite pervers, de faire haleter le spectateur est encore à trouver avant les prochaines dates de la tournée.

Bruno Paternot

*/ Lire à ce sujet l’interview fleuve qu’a donné en 1962 Alfred Hitchcock à François Truffaut

Chorégraphie : Emilio Calcagno / Assistant chorégraphique : Alexandre Castres / Création musicale : Aurélien Richard / Création lumières : Baptiste Delestre et Nicolas Lemoine / Danseurs : Benjamin Forgues, Dorothée Goxe, Mira Kang, Leonardo Maietto, Youlia zhabina

– le 7 novembre 2014 – Espace Culturel Boris Vian aux Ulis / AVANT PREMIÈRE
– le 21 novembre 2014 – Espace Georges Simenon à Rosny-sous-Bois / PREMIÈRE
– le 25 novembre 2014 – Le Centre culturel Balavoine / Arques
– le 28 novembre 2014 – La Maison du Théâtre et de la Danse d’Epinay-sur-Seine
– le 31 janvier et 1er février 2015 – Scenario Pubblico Catania (Italie)
– du 5 au 7 février 2014 – Teatro Libero / Palerme (Italie)
– le 26 février 2015 – Le Lux, Scène nationale de Valence
– le 18 avril 2015 – Palais des festival / Cannes
– le 26 juin 2015 – Théâtre de Pierrefittes-sur-Seine

Le Teaser : http://www.compagnie-eco.com/eco/wp-content/uploads/2012/10/LES-VERTIGES-DHITCHCOCK2.mp4

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