« GO DOWN, MOSES », CASTELLUCCI AU MAILLON, STRASBOURG : CLAQUE !

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« Go down, Moses » de Romeo Castellucci / Socìetas Raffaello Sanzio / en italien surtitré en français / MAILLON-WACKEN / jeu 26 + ven 27 + sam 28 mars 2015 / 20h30

Romeo Castellucci, du 27 au 28 mars 2015, était programmé par le Maillon Strasbourg : immersion dans un univers où le divin flirte avec le monde contemporain dans ce qu’il peut avoir de plus doux et de plus violent, tout à la fois.

« Go Down, Moses », c’est un impératif, un ordre qu’on lui donne, comme un cri. Pourquoi ? Avons-nous été abandonnés par le divin ? Avons-nous besoin que les anciens prophètes reviennent afin de nous guider vers la voix/ voie de ce qui est juste ? Sommes-nous perdus dans ce monde au point d’avoir besoin que l’on envoie le représentant d’une instance supérieure afin de croire à nouveau en la vie ?

Roméo Castellucci et ses acteurs nous entraînent pendant un peu plus d’une heure dans un univers fait de dualités : du vingtième siècle aux origines, de la violence à la douceur, du silence aux sons les plus saturés, du silence aux dialogues pour retourner au silence et au cri le plus intense, mais écrit. Ne sommes-nous plus capables de dire, parler et articuler les mots nécessaire à un appel à l’aide ? Dans une société où l’image prédomine et est partout autour de nous, peut-être.

Retour vers le futur ou retour en arrière, ce qui est proposé dans « Go Down, Moses » est un voyage, un retour vers le passé en même temps qu’une simultanéité. Moses/ Moïse naît dans un espace-temps pas si éloigné du notre (au vu des tenues des acteurs, les années 1950 a priori), il naît aussi dans le temps des origines de l’humanité. Qu’est-ce qui est le début ? La fin ? La fin pourrait-elle être le commencement ? Et le début, pourrait-il être en fait la fin, la finalité, le retour de Moïse en nos temps ? Roméo Castellucci nous perd, ce qui est avant est peut-être après et vice-versa.

Il propose aussi un théâtre extrêmement pictural. Il dresse des portraits, des peintures à la fois violentes, trashs mais aussi empreintes d’une beauté presque irréelle. Cette poubelle qui apparaît sur scène dans un clair-obscur digne d’un Caravage ou d’un Rembrandt, l’éclairage la met en lumière et dramatise la scène qui le devient encore plus alors que les cris d’un nourrisson s’en échappe. Il nous plonge aussi dans une caverne qui, par bien des côtés, a l’air sous-marine. Elle semble issue d’une toile de Caspar David Friedrich avec le mystère entourant une toile d’Arnold Böcklin ou d’autres encore.

Le passage d’un temps à l’autre se fait via un scanner, machine médicale qui permet de voir l’intérieur des corps très précisément. Elle se transforme en une sorte de porte des étoiles qui mène d’une époque à une autre et où les histoires de ces femmes ayant abandonné leur enfant, le Moïse d’avant, le Moïse de maintenant, se superposent. « L’histoire de Moïse est tellement précise ! Tous les moments de sa vie sont extraordinaires. D’abord l’abandon de l’enfant. Chaque fois qu’un femme abandonne un bébé juste après l’accouchement, je suis bouleversé, je veux tout savoir : le lieu où elles l’ont abandonné – la poubelle, les toilettes, le frigidaire –, est-ce qu’il était couvert et par quoi, du plastique, de la laine. Cette histoire est toujours la même histoire. Son iconographie se reproduit dans le temps, elle se sédimente. Il ne s’agit pas de faire un commentaire sur la contemporanéité, c’est plutôt le contraire, comprendre combien il s’agit d’un geste primitif, en voir la structure dans l’archéologie des idées, des images, dans leur interprétation. », nous dit Castellucci à ce propos.

Romeo Castellucci, avec « Go Down, Moses » explore à nouveau un mythe religieux. Moïse n’est pas présent néanmoins c’est son histoire, l’histoire de sa naissance que l’on découvre en filigrane, l’histoire de son futur, de son devenir, de sa mission : nous sauver.

Cécile Ripoll.

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Photos Guido Mencari, Lausanne, Go Down Moses

Comments
One Response to “« GO DOWN, MOSES », CASTELLUCCI AU MAILLON, STRASBOURG : CLAQUE !”
  1. culturieuse dit :

    Oui, une claque, et même un coup de poing! La force du théâtre des Castellucci est immense.

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