56e BIENNALE DE VENISE : PAVILLON ISLANDAIS, LA PREMIERE MOSQUEE DANS LE CENTRE HISTORIQUE DE VENISE

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Envoyée spéciale à Venise.
56e BIENNALE DE VENISE : Pavillon Islandais / Santa Maria della Misericordia, Campo de l’Abazzia, Cannaregio / 9 mai – 22 novembre 2015.

La première mosquée dans le centre historique de Venise, un projet initié par l’artiste suisse Christoph Büchel en collaboration avec les communautés musulmanes de Venise et d’Islande.

Une lecture du Coran, des chants anachid, l’appel à la prière du vendredi, ainsi qu’un repas préparé par la communauté musulmane marocaine de la ville étaient au programme de l’inauguration du pavillon islandais à la 56ème Biennale de Venise, le 8 mai dernier. A l’initiative de l’artiste Christoph Büchel, pour les sept prochains mois, la Première mosquée du centre historique de la Serenissima est accueillie entre les murs de l’ancienne église Santa Maria della Misericordia. Une proposition qui a vocation à poser des questions de société brûlantes.

Le bouche à oreille a fonctionné avec la rapidité d’une trainée de poudre. Au premier jour d’ouverture publique de la Biennale, après une semaine de previews, les visiteurs sont déjà au rendez-vous, laissant leurs chaussures au bord du tapis de prière, orienté vers la Mecque, recouvrant les vénérables dalles de cette bâtisse du Xème siècle restaurée en style baroque en 1864, qui était fermée depuis une quarantaine d’années. Tous les attributs d’un lieu de culte musulman sont là, du mur qibla au minbar, sans oublier l’échoppe avec documentation et livres sur la pratique et la religion, le distributeur de boissons, MeccaCola, et la salle dédiée aux ablutions. Ce qui intéresse tout particulièrement Christoph Büchel pour cette installation in situ est la superposition des différentes strates d’histoire, de religions et de cultures, avec ses conflits latents et son potentiel de progrès. Depuis les années 90, l’artiste suisse développe un travail plastique et conceptuel qui puise son inspiration dans des situations de la vie quotidienne avec les codes et normes qui la régissent et vise à exposer certains mécanismes et hiérarchies des sociétés contemporaines, dans des démarches qui s’apparentent tout autant à la démystification qu’à une volonté d’enclencher le dialogue.

L’artiste avait déjà été à l’origine de Guantanamo Initiative (en collaboration avec Gianni Motti) lors de la Biennale de Venise de 2005. Il s’agissait à l’époque d’engager des négociations avec le gouvernement cubain pour louer le Guantanamo Bay, dans le but de dénoncer un état de fait illégal du point de vue du droit international et de transformer la base militaire américaine en base dédiée à la culture.

Le dialogue semble être le mot clé de ce nouveau projet artistique conçu pour le pavillon islandais de la Biennale 2015. Le président de la communauté musulmane de Venise s’accorde d’ailleurs avec le ministre de l’éducation, sciences et culture islandais pour considérer l’art contemporain comme un art du dialogue.

Située dans le plus septentrional des sestieri de Venise, Cannaregio, pas loin de l’ancien Ghetto juif, la mosquée de Christoph Büchel est ancrée dans le contexte historique d’une ville profondément influencée par la culture musulmane, naguère capitale commerciale du monde, point d’intersection pendant plusieurs siècles de l’Orient et de l’Occident. L’artiste aime à rappeler que Venise accueillait en 1621 une maison de prière musulmane dans un palais du XIIIème siècle, connu aujourd’hui sous le nom de Fondaco dei Turchi. C’est toujours dans cette ville que le premier Coran imprimé a vu le jour en 1538. La mosquée s’inscrit également dans le contexte socio-politique contemporain marqué par les flux migratoires et ouvre ses portes au moment où la communauté musulmane d’Islande, pays avec le plus bas taux d’immigration du monde occidental, a enfin obtenu, après des années de débats, le permis d’entamer le chantier de construction d’un lieu de culte à Reykjavik. Quant à la communauté musulmane de Venise, qui regroupe des pratiquants de quelques 29 nations, elle ne dispose toujours pas d’un tel lieu dans l’ancienne ville. Le contexte de la Biennale d’art contemporain la plus plébiscitée au monde rappelle ainsi que Venise reste une ville commerçante, dans laquelle l’art et le tourisme sont de nos jours les nerfs de la guerre.

La mise en place du projet a été particulièrement laborieuse. L’artiste suisse a su impliquer les communautés musulmanes de Venise et d’Islande. Les autorités de la Biennale ne sont pas très bavardes sur le sujet et la police lance un avertissement contre le risque d’escalade et la menace terroriste, invoque les difficultés à sécuriser le site et recommande sa fermeture. Pour l’heure, les portes du pavillon islandais restent ouvertes et le programme d’activités culturelles et éducationnelles à l’adresse du public peut être consulté sur le site http://www.mosque.is/.

Smaranda Olcèse

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