MAIS QU’EST-CE QUE L’EFFET BEKKRELL ?

Bekkrell -  © Massao Mascaro 1

Groupe Brekkrell, Effet Bekkrell (titre instable), au Monfort, du 11 au 16 mai 2015.

Pour commencer, débarrassons-nous d’ores-et-déjà de la sempiternelle dispute entre le « j’aime » et le « je n’aime pas ». Ceux qui ont aimé auront raison et ceux qui y trouveront à redire n’auront pas tort. En effet, dans ce spectacle où domine l’image du radeau, nous sommes confrontés à quelques scènes d’une grande beauté, tant plastique en ce qui concerne l’appareillage scénique et les lumières, que physique pour ce qui est de la performance. Cependant, on a du mal à suivre le fil rouge du récit et certains ressorts dramatiques apparaissent dans le spectacle sans que l’on comprenne très bien leur nécessité.

Ceci étant fait, passons à l’essentiel. Ce spectacle de cirque est original car il présente une version féminine d’un art où l’on n’a pas l’habitude de ne pas voir des hommes. Évidemment, les productions 100% féminines existent, tel Capilotractées de Sanja Kosonen et Elice Abonce Muhonen, programmé en regard de ce spectacle au Théâtre Monfort. Mais dans le cirque, même contemporain, les agrès sont bien souvent distribués selon les genres et il est bien rare de voir des femmes mettre en scène un spectacle complet.

Alors qu’est-ce qui donne son originalité à ce spectacle ? Ici, nous ne voyons que peu d’exploits physiques. Mais ce trait de caractère est devenu déjà endémique au cirque contemporain et ne constitue pas une particularité féminine. Plus intéressant, les quatre amies font preuve d’une pitrerie douce-amère qui s’attaque aussi bien à la gent masculine dont elles singent avec malice les attributs virils, qu’aux stéréotypes féminins (la jalousie, l’hystérie ou encore le caprice) qu’elles tournent en dérision.

C’est ainsi avec un charme tout particulier qu’elles enchainent les numéros où l’on découvre un fil, des cordes et un mât chinois, le tout détourné et embrouillé de façon assez jubilatoire au fil de la représentation. On y découvre leur fraiche camaraderie, vidée de tout l’attirail viril qui bien souvent peuple les productions de cirque. Point d’accolades ou de rabrouements, mais des efforts de communication où se mêlent grommellements et mouvements d’entraide. Elles font preuve d’une espièglerie et d’une sacrée dose d’autodérision qui pimente la pièce et en constituent l’atmosphère particulière.

Mais plus important encore, le jeu sur l’instabilité (comme son titre l’indique), ne repose pas sur la mise en place d’un discours pompeux et incantatoire, mais plutôt sur une douce dérive à la quête d’un état d’étrangeté. Contre vents et marées, on y sent la nécessité d’avancer avec un pragmatisme qui tourne bien souvent à la drôlerie. En cela, l’image du radeau est ici centrale. Dans cette société de femmes, point de capitaine, mais une distribution naturelle des tâches qui ne s’éloignent jamais du ressort gaguesque.

Sur scène, il y a bien des tempêtes, des situations inextricables, une tirade mélodramatique et un « requiem allemand ». Mais à chaque fois, c’est avec malice qu’elles s’en sortent, prenant fait de leur fragilité pour dénouer ce qui leur pose problème. En cela, c’est dans la tonalité du spectacle que nous trouvons cet esprit féminin, cette bouffé d’air qui nous éloigne des pesanteurs masculines qui, même dans le spectacle vivant, continue de diriger le spectre de nos représentations.

Ce parti-pris n’est pas sans danger. S’il est totalement assumé, il se retrouve assez mal maitrisé au niveau de la composition et de l’écriture du spectacle. La structure de la pièce vacille parfois, prend l’eau sous le coup des changements de situations dont on ne perçoit pas la raison. Cette instabilité devient alors source d’ennui lorsque le spectateur décroche pour barboter à côté du frêle esquif. Il lui faut parfois un peu de temps avant de rembarquer auprès de ces quatre jeunes femmes à l’imaginaire déluré. Cependant, si c’est en naviguant que l’on devient circassien, on devinera que ce spectacle renferme tous les attributs d’une promesse.

Quentin Guisgand

Tournée 2015 / 2016
– 8 et 9 octobre 2015 : Théâtre de la Rotonde, à
Thaon-les-Vosges (Scènes Vosges)
– 23, 24, 25 octobre 2015: Festival CIRCa, à Auch
– 4 mars 2016 : La Faïencerie, scène nationale en
préfiguration, à Creil
– 8, 9 et 10 mars 2016 : au Château Rouge, à
Annemasse
– 22 mars 2016 : Transversales, Théâtre de Verdun
– 26 avril 2016 : à L’Agora, PNAC de Boulazac

Bekkrell -  © Massao Mascaro 2

Photos Massao Mascaro

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