PRINTEMPS DES COMEDIENS : « CHANGER LA PULSATION DE L’INTERIEUR », ENTRETIEN AVEC JEAN VARELA

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Entretien avec Jean Varela : « changer la pulsation de l’intérieur ».

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Acteur et co-fondateur de la compagnie In Situ, Jean Varela est le second directeur du Printemps des Comédiens après Daniel Bedos, son fondateur. Egalement directeur de Sortie Ouest, scène conventionnée pour les écritures contemporaines à Béziers, il programme cette année un festival éclectique où les esthétiques et les projets les plus variés se croisent, se rencontrent, s’entrechoquent. Le jour de l’entretien, les réunions s’enchainent pour décider si les spectacles du soir auront lieu entre les gouttes ou si le climat ne laissera pas d’autres possibilités que l’annulation. Entretien sur les choix que prend un directeur :

Inferno : Est-ce que le Printemps des Comédiens devient, d’année en année, un lieu de la création européenne ?
Jean Varela : Pour moi les choses ne se posent pas comme ça. Elles viennent comme un flux de propositions qui, lorsqu’on en discute avec les gens qui me sont proches, nous paraissent pouvoir répondre à ce que nous pensons être un état intéressant du théâtre dans un festival qui a une longue histoire et dans une ville -Montpellier- qui a un rapport particulier au théâtre. Dans un festival qui travaille sur des espaces qui offrent des points de contacts totalement différents : l’Amphi d’O avec ses mille huit-cent places, l’extérieur qui est très prisé du public, les théâtre d’o et Jean-Claude Carrière. Quand ce flux arrive (on est à l’affut du flux), on essaie de faire des choix.

Est-ce que vous souhaitez proposer des spectacles pour un public (qui se laisserait convaincre de naviguer d’une proposition à l’autre) ou pour des publics (qui choisiraient en fonction de ses attentes un classique agréable ou une œuvre contemporaine qui pose question) ?
Je crois que j’ignore totalement ce qu’est le public ou ce que sont les publics. Ce qui m’intéresse, c’est que des individus viennent et forment un public. Par la rencontre que j’ai avec eux, par les présentations, par le travail d’accompagnement, ça m’intéresse que ces individus soient curieux, qu’ils entendent un texte du répertoire ou une œuvre d’aujourd’hui.

Où en est-on aujourd’hui, quelques jours après l’ouverture ?
Je trouve qu’il est à l’endroit où il doit (de mon point de vue) être, à savoir un endroit qui permet, le jour de l’ouverture, de proposer deux créations dans deux esthétiques totalement différentes avec deux jeunes metteurs en scènes, deux jeunes équipes, sur deux textes très forts. C’est un endroit que je n’aurais pas proposé il y à deux ou trois ans. Ce risque-là, je l’aurais dispersé dans le temps. Aujourd’hui, c’est comme une affirmation.

Les éditions précédentes avaient un ou plusieurs spectacles qui jouaient partout dans le département et un ou plusieurs spectacles qui jouaient sur au moins dix représentations. Cette année, pas de tournée dans les autres villes ni de longue série, est-ce uniquement pour des raisons budgétaires ?
La décentralisation du Printemps des Comédiens existait à l’origine, et je pense que c’était un acte politique fort puisque la création du Printemps des Comédiens a été possible grâce aux lois de décentralisations et ils* ont voulu marquer un acte fort de décentralisation dans la décentralisation ! J’ai voulu relancer symboliquement cette décentralisation en lançant un pont avec Sortie Ouest. Cette année, suite à la non tenue de l’édition 2014, il n’a pas été question de reproduire ce schéma-là, mais je souhaite le reproposer au conseil d’administration. Je ne sais pas encore sous quelle forme mais je souhaite que le Printemps aille sur le territoire départemental et quitte les murs du domaine d’O. C’est déjà le cas avec le partenariat avec le HTH**.
En ce qui concerne les longues séries de représentations, elles n’existent pas cette année (je pense que c’est une erreur) mais l’équation est difficile dans un temps contraint. Plus de représentations, c’est moins de spectacles. Nobody aurait dû jouer au moins dix fois parce qu’on aurait élargi le public vu le bouche-à-oreille qui se repend et vu aussi l’interêt que portent de plus en plus de professionnels au festival. La rumeur circule très vite aujourd’hui, beaucoup de programmateurs ou de journalistes appellent pour découvrir le spectacle. Une série, ça instruit une autre temporalité dans un festival. Un festival, c’est un événement et si dans cet événement vous arrivez à installer du temps pour les représentations, pour les artistes, vous changez la pulsation de l’intérieur.

A Béziers vous ne programmez pas du tout les mêmes spectacles qu’à Montpellier, ce sont deux dynamiques différentes ?
Le festival c’est le fruit d’une histoire, c’est un festival qui travaille sur des architectures différentes. J’essaie d’inscrire le festival dans le paysage des programmations qui existent sur Montpellier, donc dans une histoire, une contrainte de lieu, un paysage de programmation. Et puis, à Béziers nous avons ouvert le theatre, il n’existait pas, nous avons forgé une relation aux individus pour les amener vers les formes les plus diverses. Ici, j’ai hérité d’un outil en ordre de marche et un public très nombreux. Mais un tiers des spectateurs venait sur la déambulation « culture du monde ». Je ne pouvais me permettre de prendre un risque de cassure tellement radical, je ne voulais pas prendre le risque d’affaiblir la maison. Et puis je rappellerais que l’Etat ne montre pas beaucoup d’interêt pour le festival puisque sa participation n’est que de 20 000€ quand elle était de 60 000€ avant que j’arrive.

Alors les prochaines années seront plus radicales ?
Encore une fois je ne le pose pas comme ça. J’espère que la programmation sera protéiforme, qu’elle sera engagée, qu’elle sera populaire, qu’elle montrera des choses qui resteront longtemps sur les pupilles des gens qui l’auront partagée, que ce soit issu de tel ou tel endroit. Vous pouvez faire un theatre très vieux avec une œuvre de Falk Richter et faire un théâtre novateur avec une œuvre de Sophocle.

En quoi est ce que ce festival est celui des Comédiens, dont il porte le nom ?
Il y a beaucoup de distributions nombreuses. Nobody c’est une quinzaine d’acteurs, dans Le Dibbouk et L’Oiseau vert également. Il y a beaucoup de comédiens sur les plateaux.

Que peut-on souhaiter à cette édition ?
Ce qui lui est déjà arrivé : qu’elle existe. Et si elle existe, c’est que le Printemps est porté par une volonté politique très forte. Parce que le Conseil Départemental de l’Hérault aurait pu décider d’arrêter après l’édition 2014. Bien des gens pensaient que le festival ne se relèverait pas, mais il y a une grande conscience chez les élus du département de la nécessité de porter cette politique de service public -je ne veux pas dire culturel parce que c’est un fourre-tout-, qui a démarré en 1959 dans l’Hérault et qui fait aujourd’hui que le département a à sa disposition deux outils majeurs (le Domaine d’O et Sortie Ouest) dans des endroits névralgiques de son territoire. Montpellier, avec le questionnement sur la métropole et Béziers, où un theatre de service public est aujourd’hui totalement nécessaire.

C’est un combat ?
C’est un combat permanent. On a hérité de ceux qui avaient combattu souvent dans les maquis. C’est un combat permanent parce qu’il ne faut rien lâcher.

Propos recueillis par Bruno Paternot.

* Daniel Bedos et Gérard Saumade, qui fut entre autre président socialiste du Conseil général de l’Hérault. Bien que du même parti, il sera un des principaux opposants de Georges Frêche. Depuis sa création, le Printemps des Comédiens est financé quasi exclusivement par le Conseil Général de l’Hérault et reste le terrain de beaucoup de tensions entre les différentes collectivités territoriales et l’Etat.
** HTH : Le Centre Dramatique National de Montpellier, Humain Trop Humain, dirigé par Rodrigo Garcia.

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