L’INNOCENCE RAVAGEE DE STEPHANIE LUPO

Stéphanie Lupo

Je veux parler de la jeunesse qui tombe/ publié à l’Arche éditeur en avril 2015/ Texte et mise en scène Stéphanie Lupo.

Je veux parler de la jeunesse qui tombe est une performance de Stéphanie Lupo mise en scène au deuxième étage du restaurant Les Minimes à Paris, rue de Turenne, le 29 juin. L’actrice est seule, noyée dans une musique de restaurant, parmi les notes survivantes du guitariste Vladimir Kudryavtsev.

Assis sur des canapés confortables, une immense rage susurrée déferle à mesure que des litres de sang s’écoulent par terre. Parsemé dans l’espace : un écran, un bureau, un ordinateur, un micro, une chaise, un banc.

Le sentiment poétique est directement adressé à l’endroit du théâtre. Le débat politique s’ouvre sur l’action réelle face aux semblants. Ces phrases tirées de la scène, Le bal des morts Danse ou crève. Elles racontent l’usine culturelle de carton-pâte. L’action est plantée à Avignon, au bar du Festival. Stéphanie Lupo telle une bergère métaphysique décrit la cruauté : « Le bar. La tête sur le comptoir. Ça sourit. Ça s’éclate. Ça boit des coups. Machin. Machin. Tout le monde s’en fou. Alors nous là, tous ensemble qu’est-ce qu’on fou ? Si quelqu’un pouvait creuser un trou. S’il pouvait surgir un élan de quelque chose. D’amour. De haine. Quelque chose qui vraiment se rebelle. Que ça bouge bordel. Nous sommes pleins. Putain. J’en vois dans tous les coins».

Les mots sont lâchés en blocs, respirés jusqu’au bout, sans rien retirer du tout. Le prologue de la pièce s’ouvre avec la musique Killing all the flies. Un martyr patibulaire avance, après avoir craqué un ou deux joints d’herbe. L’histoire traverse des caves polonaises, passe par Cracovie. Viennent se draper des histoires d’amour bizarres, polonaises… Stéphanie Lupo alpague les dirigeants culturels, ses acteurs au sujet de probité. Elle leur demande s’ils ne vendent pas leur dignité, à la BNP. Je veux parler de la jeunesse qui tombe interroge le sens des pratiques culturelles. Le texte exécute en rythme l’idée de déception, espérance bafouée. Le ciel noir du monologue néantise le cadre financier, le « fric qui gouverne tout », les banques qui ont pignon sur rue, les sourires narquois.

Stéphanie Lupo parle à cette jeunesse jetée à la mer faute de qualité vivante, sans qualité morte. Elle s’attaque frontalement à ces institutions qui font chavirer, nuit après nuit des corps morts sur des plages d’excréments, en périphérie de ces bunkers pour puissants. Elle parle toujours des théâtres, du théâtre : « les jeunes s’y font briser tout le monde est mort tout le monde le sait » .

La performance aérienne, très volatile de Stéphanie Lupo pense l’innocence ravagée. Je veux parler de la Jeunesse qui tombe est un violent pamphlet poétique qui touche par sa vérité sensible. Il nous ramène à l’enfance, porté par un doux balancement.

Quentin Margne.

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