« DOCTOR FAUSTUS » : LE CRI LUCIFERIEN DE CASTELLUCCI AU MALTA FESTIVAL

Doctor Faustus Romeo Castellucci fot. Maciej Zakrzewski (7)

Envoyé spécial à Poznan.
Doctor Faustus, inspiré de Thomas Mann / installation, conception : Romeo Castellucci / dramaturgie: Dorota Semnowicez / Violoncellistes : Adam Krzeszowiec, Wojciech Fudala / Du 24 juin au 26 juin au Festival Malta/Stara Rzeznia.

Romeo Castellucci proposait lors du vingt-cinquième festival Malta à Poznań en Pologne une écoute ténébreuse et mystérieuse du Doctor Faustus de Thomas Mann en forme d’installation sonore. La Sonate pour violoncelle seul de Zoltán Kodály résonne à mesure que nous avançons à l’intérieur d’un no man’s land. Cette sonate nous plonge amoureusement en plein milieu d’un roman composé aux États-Unis de 1943 à 1947. Le violoncelliste, Wojciech Fudala, interprète ce récitatif musical uni aux mouvements spirituels et émotionnels sonores du livre. L’installation faite de vagues symboliques parcourt l’air toute en délicatesse de Kodály. Elle traduit en couleurs, les sons, les lumières frissonnantes, le ton romanesque, l’univers méditatif propre à Adrien : le personnage central de l’œuvre de Thomas Mann. Les forces maléfiques hantant le roman, ne quittent jamais des yeux les protagonistes devenus pour l’occasion les visiteurs d’un lieu. Il s’agit sur le mode de l’attente apocalyptique de parcourir la crise spirituelle, qui secoua l’Europe au sortir de la guerre.

La tonalité de la sonate pour violoncelle seul de Kodály est tantôt lointaine, tantôt proche, selon les déplacements de chacun. Cette sonate résonne en plein centre d’un hangar désaffecté, obscur. Ainsi erre-t-on au sein de ce site polonais à l’égale d’un élément de ballet de poussière représenté à Paris par Romeo Castellucci lors de son Sacre du Printemps de Stravinsky. Mais ici, l’air est frais et humide. Chacun marche silencieusement et arpente pas à pas la partition de Kodály. On déambule plongé, à l’intérieur de cette sonate voyageuse, lumineuse. Le musicien est comme séquestré, placé à l’intérieur d’une boite rectangulaire faite de bois et vitres opaques ou transparentes. Sa partition est rendue lisible à l’aide d’une tablette électronique. Chacun regarde, s’assoit pour l’écouter, la contempler. Cette sonate dévoile l’imperceptible. La mélancolie nous consume tout doucement. À petit feu, elle fait balancer l’âme du visiteur vers quelque chose qui pourrait bien être le mal, le démoniaque. Elle explore sans relâche la frontière entre tentation et faute.

C’est entêtant, sismique, rythmique, cela coïncide parfaitement avec le foisonnement perceptif présent dans la nature et mis en œuvre par cette installation à la sensualité totale. Elle autorise pleinement le chaos affectif. Ainsi les mots se confondent en notes musicales. Car comme l’écrit Thomas Mann « musique et langage allaient de pair, au fond ne faisaient qu’un ». Le langage et la musique s’efforçant chacun de tendre l’un vers l’autre sécrétant pour ainsi dire un chant sacré, dont Romeo Castellucci a le secret.

Quentin Margne

Doctor Faustus Romeo Castellucci fot. Maciej Zakrzewski (5)

crédit photos : Maciej Zakrzewski

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