ACTORAL PARIS : AYELIN PAROLIN, L’ETOILE ESCLAVE

LaEsclava2

Ayelen Parolin > La Esclava, au Centre Wallonie-Bruxelles, le 14 octobre 2015 dans le cadre du Festival Actoral – Paris.

Ayelen Parolin et Lisi Estaras sont deux chorégraphes et danseuses argentines qui ont choisi de travailler en Belgique. La première a fait ses armes chez Mathilde Monnier, alors directrice du Centre chorégraphique de Montpellier. La seconde aux Ballets C de la B où elle collabore avec Alain Platel, Sidi Larbi Cherkaoui et le duo Peeping Tom. Elles créent ici un solo où Lisi Estaras incarne un personnage féminin qui tient aussi bien de la déesse que de l’être humain au bord de la folie.

Harnachée d’une structure de bois léger, la danseuse est comme une Athéna tombée de l’Olympe. Sur Terre, elle tente de reprendre sa superbe, sans pour autant réussir à s’extirper d’un malaise que l’on n’arrive pas très bien à saisir. Alors qu’elle essaie de se montrer grande, elle trébuche. Ses gestes s’embrouillent. Son regard se perd dans l’espace, cherchant dans le public et dans les recoins de la scène une aide providentielle. Elle n’arrivera pas.

Brillante dans sa tenue légère, elle n’est pas sans allure pourtant. Mais le poids du malheur et de la contingence la ramène aux balbutiements du corps, au sol et à l’errance. Ses gestes balaient l’air comme un équilibriste qui a peur du vide. Ses mains tâtonnent sans rien trouver de solide pour se rattraper. Fragile, le personnage de Lisi Estaras verse dans le comique puis se perd dans une dérive chaotique.

Elle se libère enfin de son étoile de bois, comme si les derniers oripeaux de sa nature divine, sa chance, s’étaient évaporés. Elle est alors totalement humaine, nue sous les coups du sort, à la merci de sa nature débile. Un flot de paroles se déverse par sa bouche. Des histoires polyglottes, dont la logique nous échappe un peu et qu’elle libère dans un flot qu’elle ne contrôle pas. Où sont les repères stables qui nous rassurent et qui pourtant nous contraignent ? Quelle est la nature de cette liberté que nous appelons de nos vœux, et qui pourtant nous renvoient à nos angoisses existentielles ?

Le personnage qui nous est livré sur scène – mais il s’agit d’une livraison sans destination – nous renvoient à notre condition contemporaine. Nous, individus seuls, sortis des mégastructures du passé, navigant à vue dans le flot de la vie. Dès lors, il est touchant de la voir se contorsionner, révulser ses membres et tordre son bassin comme un asticot offert à l’hameçon d’un pécheur dont on a perdu l’identité. Car dans le corps de cette femme qui a perdu son histoire et son passé, vibre un refrain sourd qui nous concerne tous.

Quentin Guisgand

Photo © Thibault Gregoire

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