« JE ME METS AU MILIEU… » : DORIAN ROSSEL REVISITE JEAN EUSTACHE AU ROND-POINT

rossel

Je me mets au milieu mais laissez-moi dormir, D’après La Maman et la Putain de Jean Eustache / Mise en scène Dorian Rossel / Avec David Gobet, Dominique Gubser, Anne Steffens / 5-31 janvier 2016 / Théâtre du Rond Point.

Dans notre imaginaire, La Maman et la putain, c’est un ménage à trois bancal, une histoire de coups de téléphone et de terrasses de café, un film qui s’amuse à décortiquer les relations de ses contemporains ; ça raconte l’impertinence de personnages qui s’attendent et se parlent, qui se désenchantent et se réenchantent en un clin d’œil.

La Maman et la putain, c’est la beauté des dialogues, des diatribes et des silences. Ce sont des êtres légers, qui s’ennuient un peu, qui donnent le sourire, une douceur et un mordant de vie sous-jacents. C’est un film écrit pour ses acteurs, et des mots qui leur collent à la peau, au visage, à la voix.

Avec Je me mets au milieu mais laissez-moi dormir, Dorian Rossel prend le parti d’épurer l’imagerie au maximum, dans une économie de moyens radicale. Du film, il reste le texte. Et quel texte ! La mise en espace est simple, la scène se résume à un « ring » sur lequel les acteurs montent pour confronter le dialogue, mais leur combat semble déjà achevé.

C’est un objet étrange que ce dialogue de cinéma traduit sur un plateau de théâtre. C’est comme un déroulé à plat d’une dialectique superbe. Comme si les phrases se prononçaient les unes après les autres sans qu’on éprouve le besoin de les confronter à l’espace, au contexte, au decorum. Ce que Dorian Rossel décide ici c’est d’abattre le decorum, – le Paris de Jean Eustache – pour ne montrer que l’intime, la fêlure des personnages.

Il semblerait que sur ce ring, les personnages soient les pantins de leurs désirs, que la vie se cache dans des corps un peu figés. Oui l’on entend le texte, oui on savoure la beauté des répliques, mais la vie qu’elles portent, où est-elle donc allée ?

C’est la sensation du manque que l’on ressent le plus fortement, le sentiment que les acteurs s’ennuient un peu, à l’instar de leurs personnages d’ailleurs. Le texte défile sans émotions, d’une manière neutre, un peu récitative, un brin démodée. Rien ne se passe réellement. Il semblerait que l’on nous parle d’une époque révolue, et c’est peut-être un peu vrai. Rien n’est vécu, tout est langage.

Et dans ce rien finalement, une larme, un tremblement de lèvre, un abandon à peine perceptible, comme un don inavoué, de la part de Anne Steffens. Un instant d’intimité subtil. Dorian Rossel met à nu ce texte un peu oublié de la jeunesse française, et nous fait gouter au doux sentiment de frustration. Frustration d’une époque désabusée.

Moïra Dalant

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