VANIA VANEAU, « BLANC », FESTIVAL VIVAT LA DANSE !

blanc
Vania Vaneau – Blanc / Le Vivat, Armentières, Festival Vivat la danse! le 27 janvier 2016.

Elle prend son temps. Alors que l’on s’installe dans la salle Vania Vaneau se tient debout, droite sur le tapis blanc, glissant grimaces et sourires tordus en guise d’accueil. Quelque chose est déjà à l’oeuvre alors que les nappes électriques de la guitare de Simon Dijoud instillent une douce tension dans l’atmosphère.

Et soudain, elle plonge tête la première dans la transe, teste son corps dans l’effort et la durée. La danseuse déplie la métamorphose par une succession de rites où son corps glisse de mues en peaux, de transformations en figures. Vania s’échauffe au sens premier du terme, fait monter la température de son corps et le rouge à ses joues, elle agite ses sens en se livrant à des séries de mouvements brusques, saccadés et répétitifs, rapides.

Comme pour devenir autre, se débarrasser, faire émerger une version neuve de soi, elle devient ensuite un derviche tourneur, qui prend forme une couche de vêtement après l’autre sous nos yeux, et rappelle les Parangolé de l’artiste brésilien Hélio Oiticica. De cette figure éclatante aux mille couleurs et aux tissus moirés naîtra son pendant, une apparition inquiétante, surgie du noir, qui crache sa bile noire comme pour expier l’exorcisme en cours. C’est un corps utopique, poreux, une enveloppe changeante du tout au tout dont l’essence voyage qui est porté ici par un grand moment d’interprète.

Le solo se construit par ces glissements d’un état à l’autre, par épisodes que l’on tisse entre eux à mesure qu’ils se dévoilent sur le plateau. L’ensemble se tient à chaque nouvelle couche déployée et la force prend à mesure que le corps de Vania Vaneau se libère, poussant vers un corps puissant, libre et affirmé. Emerge alors au terme du rituel un corps nu, ensauvagé, peinturluré, un corps résolument expressionniste et d’un genre nouveau. C’est vers cette sortie et l’affirmation d’un ancrage fort, la naissance d’une figure finale qui nous rit au nez et éclate de joie que tend l’arc de la pièce. Ce sera l’image de fin, magnifiquement construite dans le silence et en plein feux.

Et si la lumière blanche contient toutes les couleurs, le corps de Vania Vaneau, matériau conducteur, devient un filtre qui se laisse traverser en gardant sa mobile unité. Comme on chasse les mauvais esprits, pour aller vers une page vierge et tout recommencer.

Marie Pons

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