FESTIVAL VIVAT LA DANSE ! SACRES, PROFANES ET AUTRES RITUELS POUR CONJURER LA PEUR

Marcela-Santander-Corvalan-Volmir-Cordeiro

19è festival Vivat la danse !, Sacrés profanes et autres rituels pour conjurer la peur, du 21 au 30 janvier 2016. Le Vivat, Armentières.

La saison entière du Vivat brandit son titre en étendard : « Même par peur ! ». Ni des montées extrémistes ni des attaques portées à la culture au sens large, depuis Armentières, un groupe d’irréductibles passionnés fait feu de tout bois pour célébrer la danse en nous plongeant au coeur des liens qui unissent sacré et profane. Cette année la programmation, très tenue, est une architecture bâtie tout en lignes de force pour abriter des rituels délicats ou d’une belle force brute. Où l’on embarque pour un tour d’horizon de ce qui agite et démange au corps la création contemporaine.

L’accent est mis sur la transformation. Dans le duo Volmir Cordeiro/Marcela Santander Corvalán (Epoque) ou chez Vania Vaneau (Blanc), ce sont des corps perméables au monde, qui incarnent dans une plasticité et en mutations constantes les travers et les visages de l’autre, du marginal, de la rue, de la vie dans ses expressions les plus vivaces et diverses. Cela passe aussi par un rire franc et émancipateur, chez Arnaud Saury au détour d’une partie de trivial pois-chiches absurde sur les extatiques religieuses (En dépit de la distance qui nous sépare), par l’acide avec Albert Khoza (Influences of a closet chant) racontant un bout de son chemin d’homme danseur obèse noir et gay en Afrique du sud, ou encore par le Sexe Symbole pince-sans-rire et franchement drôle de Madeleine Fournier et Jonas Chéreau. Autant de voies pour exorciser par l’humour les démons du racisme ou du sexisme et faire un sort à leur présence même.

On plonge aussi dans les profondeurs et les racines telluriques comme un baume, avec Lascaux de Gaëlle Bourges ou La part du rite de Latifa Laâbissi. Pas de rétro-pédalage réactionnaire mais une furieuse envie de s’emparer de l’Histoire, comme pour rappeler ce qui a été pour mieux éclairer ce qui est là. A commencer par celle de la danse, avec Latifa Laâbissi qui se glisse dans la peau (de serpent) de Mary Wigman dans Ecran somnambule, étire les 1min30 de la fameuse danse de la sorcière en un sabbat de 32 minutes pour en presser, exposer et tordre la matière. C’est aussi Raimund Hoghe esquissant un pas de deux avec Emmanuel Eggermont dans L’Après-midi, relecture dépouillée et magistrale du Faune. Les deux pièces extraient l’essence d’oeuvres non-immuables et nécessaires à réactiver dans le courant du temps présent.

La force du festival est d’ouvrir des ponts entre des cultures archaïques et contemporaines, profanes et païennes, européennes et extra-occidentales. De ce mélange émergent des pièces qui sont des parenthèses douces ou au contraire des brèches ouvertes par effraction. A chaque fois, la place est laissée aux spectateurs de deviner, saisir, d’entrer par soi-même dans la danse. Notamment avec le travail de Latifa Laâbissi, présenté en trois pans, trois déclinaisons de la force politique et poétique de son oeuvre.

Alors si l’on se demande où est le sacré aujourd’hui, lorsqu’on laisse de côté les ors et l’encens, le plateau de danse a sans doute cette capacité d’invoquer la part sensible en chacun de nous, révélée face à une oeuvre, pour entrer dans « autre chose », une forme de transcendance. Ce n’est pas tant la danse elle-même qui est sacrée mais l’espace qu’elle génère et dans lequel elle s’inscrit. De fait, ce rendez-vous poursuit son engagement à faire travailler nos consciences et nous remuer au coeur en présence de corps contemporains en action. « Il faut se laisser pénétrer par ce qui est en jeu au plateau. La danse, c’est comme des poèmes ou de la musique. Ce sont des espaces précieux à préserver, pour que le spectateur puisse y faire son propre cheminement » rappelle Eliane Dheygere, la directrice des lieux. Comme des feux sacrés du Bengale à continuer d’allumer, ensemble et dans la joie.

Marie Pons

« Epoque », Volmir Cordeiro/Marcela Santander Corvalán

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

  • INFERNO RECRUTE SES CORRESPONDANTS EN MEDITERRANEE :

  • Allez :

  • HOMMAGE A MIKE KELLEY

  • UNTITLED FEMINIST SHOW / Young Jean Lee

  • PORTRAIT : STEVEN COHEN

  • SOPHIE CALLE : RACHEL, MONIQUE

  • ISTANBUL MODERN : VAPURS, BOSPHORE ET ART CONTEMPORAIN