LA ZAMPA, « OPIUM », THEÂTRE DE NÎMES

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Opium, La Zampa, Une proposition de Magali Milian et Romuald Luydlin / Théâtre de Nîmes, mars 2016.

Artistes associé•es au theatre de Nîmes, scène conventionnée pour la danse contemporaine, Romuald Luydlin et Magali Milian présentaient les 8&9 Mars 2016 leur dernière création : Opium.

À l’image d’un Bruno Geslin (qui fut lui aussi artiste associé au théâtre dirigé par François Noël), le travail esthétique de la compagnie repose sur une exigence de l’image au service de la pulsion et/ou du désir. Entouré de fantômes, comment la vie peut encore créer du fantasme ? Cette pulsion de vie se traduit par des images fortes et brutales à la puissance évocatrice énorme. Ces images envoyées mais pas expliquées traduisent une confiance dans le spectateur pour qu’il invente lui-même le sens profond de ce qui est proposé.

Les deux précédentes créations de la compagnie, B&B et Spekies avaient suscité beaucoup de réactions très positives, d’intérêt, de ravissement de la part de spectateurs. Ce nouvel opus, avec une équipe beaucoup plus nombreuse, est donc très attendu. Comme souvent quand on attend beaucoup d’une œuvre, elle apparaît relativement décevante. Là où la compagnie réussissait à prendre un pari et à le tenir de bout en bout dans chaque spectacle, Opium, malgré de magnifiques moments, reste un peu en surface dans sa globalité.

La formule cabaret permet aux artistes de se faire plaisir et d’aligner les images sans trop se poser la question d’une dramaturgie globale particulière à ce spectacle. Ils ont la direction artistique générale de la compagnie, ils ont les images dans le détail, mais il manque une étape : la cohérence narrative et esthétique du spectacle.
La mise en avant du hors-champs (on voit les artistes se changer, on voit les musiciens alors qu’ils ne font pas partie de la diégèse), fait très cruellement disparaître l’outre-scène. En nous montrant la cuisine, on perd la magie, on perd le fantasme, on perd l’impression de déréalité. Cela ne sera pas gênant si on y gagnait au change. Ici, hormis un certain aspect « ring » mais qui reste encore trop suggéré, cette disparition du fantasmatique n’apporte pas grand chose. Le passage du « à vue mais hors-scène » au « à vue et en scène » n’est pas ritualisé, n’est pas sacralisé, ne revêt pas un aspect mesuré voire démesuré.

Le choix des corps féminin reste énigmatique. Ni totalement les mêmes, ni radicalement différentes dans leur corporalités, les interprètes-boxeuses du spectacle restent dans un entre deux qui n’embarque pas, qui ne signifie pas, qui n’exalte pas.

Peut être plus qu’un spectacle de danse, Opium est à penser comme un concert augmenté. Augmenté des fantômes du désir qui, par à coup, posent sur le plateau toute une palette de tensions et d’attentions. À nous de jouer, on a les pinceaux et les couleurs, ne reste qu’à dessiner notre tableau.

Bruno Paternot

Avec la collaboration de Laurent Benard, Benjamin Chaval, Sophie Lequenne, Valérie Leroux,Romuald Luydlin, Corine Milian, Magali Milian, Manusound, Lucie Patarozzi, Denis Rateau, Marc Sens, Anna Vanneau

Photo Sandy Korzekwa

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