FESTIVAL D’AVIGNON : ARNAUD MEUNIER, « TRUCKSTOP »

truckstop - photo audrey scotto pour INFERNO

TRUCKSTOP : ARNAUD MEUNIER – Pénitents Blancs – 12 au 16 juillet 2016.

Un bon polar, c’est d’abord l’atmosphère. Nicolas Marie propose quelque chose de juste avec ce décor gris souris, ces tables sans style et ces chaises prêtes à tomber. Il reproduit bien cet univers vieillot d’un truckstop de bord de route avec des rideaux tricotés à la main. Ces éclairages aussi font penser aux toiles de Hooper avec ces corps très découpés dans ces lumières crues et blafardes.

Dans les polars, il y a deux façons de captiver, soit, tout le long du récit, faire émerger l’intrigue, soit, dès le début, dévoiler le coupable et procéder par flashback pour planter le décor, les situations d’avant le drame. C’est cette dernière solution qu’a choisie Lot Vekemans pour sa pièce.

L’intrigue est simple. L’action se passe dans le sud des Pays-Bas, près d’Eindhoven. Ada, la mère élève seule sa fille Katalijne… ce qui devait arriver arriva, un jeune routier du voisinage, Remco s’en éprend… Remco n’a pas les faveurs de la mère. Elle ne le trouve pas beau ; ça tombe bien, lui non plus, il sait qu’il n’est pas un Apollon.

Au cœur de la pièce, des histoires de familles, d’argent, d’amants, de rêves perdus, de géniteur parti… mais aussi des problèmes très contemporains tels la mondialisation sans forcement passer par un cours d’économie. La pièce parle de ces camions qui apportent des cochons de Russie vers l’Allemagne et inversement. Elle pause aussi les sempiternelles questions de génération : votre génération ne sait plus ce qu’est le travail, dit le père de Remco.

A vrai dire, on n’attendait pas Arnaud Meunier, qui aborde des auteurs comme Koltes ou Stephano Massini, sur une proposition destinée au jeune public, mais elle lui permet de venir à Avignon avec un spectacle parfaitement maîtrisé qui laisse la place à l’autosuggestion mais oriente à la fois le regard et la pensée.

Il doit lui rester quelque chose de son expérience au Japon et de son travail autour de Oriza Hirata car il traite les choses « à la japonaise » avec sobriété et esthétisme. Les comédiens sont bien, même si Remco semble le plus à l’aise dans ce personnage de paumé, dans le déni mais qui va se réveiller à la fin de la pièce, mais trop tard, beaucoup trop tard…

Truckstop ne va pas révolutionner le théâtre, aussi bien dans sa proposition scénique que dans son écriture dramatique, mais l’ensemble participe à monter un travail exigent pour un public qui ne devrait pas bouder son plaisir.

E Spaé

photo Audrey Scotto

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