ACTORAL 16 : BENJAMIN VERDONCK, « ONE MORE THING »

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One more thing – Benjamin Verdonck – Actoral 16 (Temps fort sur la scène belge), Marseille – 07 et 08 octobre 2016 au Théâtre du Gymnase.

« One more thing » agit comme une courte poésie donnée à voir et à entendre.

Théâtre d’objets miniature ou mobile caldérien aux couleurs chatoyantes, One more thing invite le public dans une temporalité suspendue et ralentie.

One more thing, c’est l’histoire d’une phrase unique qui se dévoile en 14 minutes, et dont les mots flottent l’un après l’autre, comme en apesanteur. Extrait du Diable sur les collines de l’auteur italien Cesare Pavese, l’énoncé commence comme un appel à communier avec sa nature propre et son corps, avec son rythme respiratoire, avec les odeurs et les bruits qui habitent une forêt ou un bois – on se laisse porter en douceur à l’intérieur de la boite. L’esprit rêvasse d’un signe à l’autre, d’un glissement de sens à un autre, sans pressentir tout de suite que la fin peut être brutale ou cynique. Doit-on considérer la nature avec plus d’attention ? Nous considèrera t’elle en échange ?

One more thing, c’est aussi une chorégraphie fragile, exécutée avec tendresse, du bout des doigts et du bout des fils.

A l’intérieur de cette petite boite que Benjamin Verdonck actionne tel un marionnettiste, montent et descendent des panneaux de couleurs et géométrie variables dans un mouvement continu. Des mots isolés apparaissent, désolidarisés de la phrase. Des portes s’ouvrent et se ferment sur ces mots à la signification alors encore ouverte en même temps qu’abstraite, la narration se jouant dans le spectateur et dans son imaginaire. One more thing laisse le temps et la place de faire naviguer sa fantaisie vers la suite possible de la phrase ou du mot, vers un sens subjectivé. C’est sans compter sur le « marionnettiste » qui – tournant autour du petit théâtre –, sait se faire oublier tout en actionnant les panneaux et les couleurs vers cette fin éventuelle et inévitable : celle de la phrase, du manège, du sens… Il reste le maitre de ce monde miniature, de ce ballet de couleurs qu’il accompagne chaque fois d’une musique hypnotique avec la complicité d’un musicien.

La forme courte et miniature de l’objet de Benjamin Verdonck permet un rapport intimiste au spectateur, qui se sent privilégié, élu en quelque sorte. La proposition est un cadeau d’une temporalité différente, lente et contemplative.

Deux questions à Benjamin Verdonck :

Quel est votre désir quant au rapport particulier que la « performance » permet face aux spectateurs et à l’espace (urbain ou privé), avec des objets parfois nomades, du moins de formats inhabituels (format court, ou au contraire très long)?
Il faut savoir que dans la partie flamande, à l’époque où j’étais étudiant, le théâtre traditionnel avait disparu ; les nouveaux formats – très courts ou très longs – ne surprenaient déjà plus le public. Il n’y a plus d’avant garde pour ainsi dire, car on s’est largement libéré de la forme. Il n’y a plus de notion de théâtre traditionnel flamand. Les choses que je crée – toutes petites, et parfois hors de la salle­ –, sont des choix bien sûr mais pas nécessairement pour me placer contre le théâtre traditionnel. C’est la manière que j’aime, la manière avec laquelle je peux exprimer mes idées par le biais d’un medium. Les formes que je choisis sont des manières de me comporter par rapport à des situations sociales, économiques, écologiques. J’aime le théâtre plutôt pauvre, plutôt simple dans sa forme, un théâtre qui se joue en direct, qui s’adresse directement au public en cassant le code du quatrième mur. Et le spectacle qui sort du théâtre doit chercher son existence dans la rue…

Dans mon travail, il y a toujours une tension entre L’ENVIE et LE BESOIN. J’aime faire des choses plutôt “en marge”, je m’intéresse aux personnes qui n’ont pas de maison, pas de voix ni de place dans la société, j’aime les graffitis, j’aime collectionner des choses que je trouve dans la rue, j’aime travailler avec les visuels, j’aime le côté mécanique, les couleurs primaires, le geste simple etc.
Mais il y a aussi le besoin.

Je sais que le côté mécanique se comporte différemment du côté électronique dont on ne connait que l’interface, avec lequel on est déconnecté, je sais que les choses de la rue n’ont plus de valeur, ce sont des emballages qui ont servi a quelque chose mais une fois consommés sont devenus inutiles… Et c’est vraiment ça que je veux raconter.

Concernant l’objet lui-même : « Est-ce la phrase de Cesare Pavese comme point de départ ou les formes et couleurs?
Quand je parle de l’envie et du besoin, il est clair qu’il n’y en a pas un qui arrive avant l’autre. J’avais envie de travailler avec les visuels, avec le carton, de fabriquer quelque chose de petit pour un public peu nombreux, de faire quelque chose de simple, en partant d’un geste simple. En même temps, j’avais besoin de travailler avec des matériaux sans valeur qui parlaient de quelque chose de très concret, notamment la position de l’homme par rapport à la nature.

On parle toujours de la responsabilité qu’on a vis-à-vis de la nature, mais la nature se sauvera elle-même, il s’agit juste en fait d’améliorer les conditions pour que l’homme puisse survivre. De ce point de vue, les couleurs ne sont que des intermezzos, comme on mange le gingembre entre deux sushi, pour purifier le gout entre les deux)
Il faut aussi noter que la musique est en direct et que je travaille avec un musicien différent à chaque représentation. La partition n’est pas écrite à l’avance, on ne répète jamais cet aspect là. Cela apporte une irrégularité, une variation intéressante à l’objet qu’est One more thing.

Moïra Dalant

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Photos : Iwan Van Vlierberghe, B. Verdonck

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