RICHARD MAXWELL, « THE EVENING » : L’ORDINAIRE IRONIQUE

21-the-evening-richard-maxwell-by-paula-court

The Evening de Richard Maxwell au Théâtre des Amandiers du 12 au 19 octobre 2016, présenté dans le cadre du Festival d’Automne.

S’inspirant librement de la trilogie de Dante – qu’il n’aime d’ailleurs plus tellement -, le dramaturge américain Richard Maxwell, met en scène au Théâtre des Amandiers sa dernière pièce, The Evening. Ici, l’éternité de l’Enfer est ramassée le temps d’une soirée qui s’écoule dans un rade de quartier miteux, là où les laissés pour comptes viennent étancher leur soif d’ivresse et d’ailleurs.

Le dispositif est simple, réduit à l’extrême. Le bar est matérialisé par trois murs qui bordent l’espace où se joue le drame, comme une petite boite, comme un tableau d’Edward Hopper. Dans ce cadre, une jeune femme lit longuement le récit de la mort de son père. Cette scène inaugurale instille à la pièce une noirceur primaire, marque de mélancolie les sursauts, espoirs, recherches d’échappatoires amorcés par les personnages.

Plus tard, la lectrice devient une serveuse-prostituée, rejointe par un entraineur véreux et un boxeur. Le trio est délibérément archétypal. L’un s’accroche au combat, l’autre se défonce au hash, tandis que la troisième rêve d’un voyage à Istanbul. Pourtant, ils demeurent tous assignés à cette place fixe, contraints d’écraser leurs envies contre les murs trop étroits. En effet, The Evening révèle des êtres en suspension.

Cette impression est renforcée par le contraste suggéré par l’action qui se joue aux extrémités de la scène. Coté cour, un télévision diffuse un match de football américain. Côté jardin, un trio de musiciens qui débarque, déballe des chansons rythmées. Au centre, les trois humains s’enlisent dans une conversation ondoyante : parfois les phrases fusent, parfois les mots s’usent jusqu’à la corde, entrelacés par les mélodies des chanteurs qui couvrent le son de leurs voix.

Ainsi, la simplicité de la scène est contrebalancée par une distance dramatique qui découle tant du cadrage peu à peu démantelé par des techniciens que de la musique intensifiant les dialogues. La beauté de la mise en scène de Richard Maxwell tient justement à l’alliage entre l’ordinaire et l’onirique, avant le magnifique floutage final créé par des nuées ouateuses de fumée blanche déversées sur le plateau – ce rien devenu plein.

Lou Villand

Photo Paula Court

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

  • INFERNO RECRUTE SES CORRESPONDANTS EN MEDITERRANEE :

  • Allez :

  • HOMMAGE A MIKE KELLEY

  • UNTITLED FEMINIST SHOW / Young Jean Lee

  • PORTRAIT : STEVEN COHEN

  • SOPHIE CALLE : RACHEL, MONIQUE

  • ISTANBUL MODERN : VAPURS, BOSPHORE ET ART CONTEMPORAIN