JORIS MATHIEU, « HIKIKOMORI, LE REFUGE » : SEUL DANS SON MONDE

Hikikomori

HIKIKOMORI, LE REFUGE – Joris Mathieu, Compagnie de Haut et Court – Du 12 au 19 oct. 2016 – Théâtre Nouvelle Génération – CDN de Lyon – Vaise.

Seul dans son monde.

Hikikomori, le nouveau spectacle de Joris Mathieu et de ses compagnons de route de la Compagnie Haut et court : Marion Talotti, Philippe Chareyron, Vincent Hermano ouvre Nos futurs, le nouveau temps fort biennale (on est à Lyon !) et mondial (Nantes – Strasbourg – Genève – Helsinki – Cluj – Napoca – Rio de Janeiro ) imaginé par le Théâtre Nouvelle Génération, CDN de Lyon et ses partenaires.

Ce festival a pour but de mettre en avant « le désir de se projeter vers l’avenir, de faire oeuvre d’anticipation, d’observer le présent, d’avoir des visions, d’imaginer la pluralité des futurs »… Cette première édition est consacrée aux imaginaires de l’espace et ainsi, jusqu’à la fin de l’année 2016, dans la salle de Vaise, vont se succéder cinq spectacles proposés aussi bien par des metteurs en scène que des chorégraphes dont Michel Schweizer ou Frédéric Ferrer dont on connaît le grain de folie douce qui fera de ce nouveau rendez-vous un moment à suivre.

Pour Hikikomori, le metteur en scène-directeur du TNG, Joris Matthieu a vu les choses en grand en proposant une nouvelle création à trois voix, toutes trois diffusées dans des casques à travers lesquels passe le point de vue des personnages de la pièce. Une mise en état utile qui contribue à la réussite de l’expérience.

Hikikomori est un mot japonais qui désigne à la fois un état d’isolement psychique extrême et un phénomène qui touche 500 000 adolescents ou jeunes adultes au Japon qui décident, un beau jour, de se couper du monde, de leur famille, tout en occupant dans leur propre maison un lieu qu’ils s’approprient et dont on ne les délogent pas facilement. De cette situation – état, Joris Matthieu a tiré finalement trois histoires donnant séparément le point de vue du père, de la mère et du fils, Niels, qui est au cœur de cette histoire à la fois poignante et volontairement poussée dans ses retranchements poétiques.

Munis de casques et écoutant le point du vue du fils – est sans doute assis côte-à-côte un voisin qui entend le point de vue d’un autre personnage – tous, sommes face à une sorte de grand écran imaginé par Nicolas Boudier et Joris Mathieu qui sert de plateau – et, dans le cas présent, de chambre à Niels – où seront projetées un ensemble d’images qui créeront l’univers, sans cesse en mouvement, de cette intrigue.

Joris Matthieu sait captiver l’attention du public aussi bien par le truchement de voix émises dans les casques que dans le texte lui-même qui reste assez proche des préoccupations des adolescents. Même si on se projette dans le futur, finalement, on n’est pas bien loin de notre époque. Dans ce nouveau monde connecté, les critères de sélection ou d’exclusion restent les mêmes que dans notre société actuelle, voire se sont accentués. L’auteur fait dépendre l’évolution humaine et sociale des appétences des uns et des autres à développer des compétences dans les domaines des nouvelles technologies qui saturent l’avenir. On y fait ses devoirs sans ses parents avec un assistant virtuel relié à son ordinateur.

Si Joris Matthieu semble intrigué par ce monde qu’on nous promet et où les individus sont reliés, voire complétement assistés par des avatars, il se permet tout de même d’instiller des doutes sur les conséquences d’un monde fait de trop de technologie. Il raille les effets d’une dérive d’une géolocalisation qui permet, par exemple, à Niels le héro de sa pièce, d’échapper au contrôle parental. Il démontre ainsi que la technologie ne saurait remplacer complétement l’attention humaine. Et au moment où il est question de bracelets électroniques pour vider les prisons, cette conséquence, même fictionnelle, ne manque pas de faire réfléchir.

Ce « refuge » va être aussi le prétexte pour Joris Mathieu de raconter une histoire qui mélange un peu de science fiction à une poésie bien contemporaine faisant passer aux enfants – dès huit ans – et aux adultes quelques belles images où l’Orignal remplace les héros habituels, mais dont les images convoquées et visibles frisent le conte de fée à l’ancienne.

Puisqu’il est question de futur, comme souvent, l’ensemble est assez froid, gris, la musique sidérale et l’isolement des spectateurs total à cause (ou grâce) aux casques qui permettent de suivre l’histoire. Le rythme, un peu lent parfois, convient bien à ce spectacle qui captive, polarise assurément l’attention des enfants qui sont nombreux dans la salle et trop contents de garder leur casque sur la tête. Pour une fois que cet attribut de la panoplie de l’ado n’est pas banni, ils en profitent. Et comme par magie, ils restent calmes, sans qu’aucune intervention d’adultes ne soit nécessaire. Un signe tout de même de la pertinence du projet, de son adéquation avec une forme de spectacle qui intéresse les jeunes ; c’est aussi l’objet de cette proposition qui atteint donc, là aussi, son but.

Emmanuel Serafini

Tournée Hikikomori 16-17
Les 9 et 10 novembre 2016 – Festival Les Théâtrales Charles Dullin, au Pôle culturel d’Alfortville / Du 24 au 27 novembre 2016 – Théâtre Am Stram Gram, Genève (Suisse) / Du 7 au 11 décembre 2016 – La Villette, Paris / Les 5 et 6 janvier 2017 – Espaces Pluriels, Scène conventionnée danse, Pau / Le 12 janvier 2017 – Théâtre d’Aurillac, Scène conventionnée / Du 17 au 20 janvier 2017 – Théâtre de l’Union – CDN du Limousin, Limoges / Du 24 au 27 janvier 2017 – Espace Malraux, Scène nationale de Chambéry / Les 2 et 3 février 2017 – Espace Lino Ventura, Garges–lès-Gonesse / Du 7 au 10 février 2017 – Le Quai, CDN Angers Pays de la Loire / Du 2 au 4 mars 2017 – Théâtre de Saint-Quentinen-Yvelines, Scène nationale / Le 9 mars 2017 – Le Préau, CDR de Basse-Normandie, Vire

Photo Nicolas Boudier

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