HESSIE, « SOFT RESISTANCE », LA VERRIERE BRUXELLES

hessie-dessin-microscopie

Hessie – Soft Résistance – La Verrière – Fondation d’entreprise Hermès, Bruxelles – 7 octobre – 10 décembre 2016.

Les tissus en coton écru portent encore les stigmates d’une conservation hasardeuse. Restaurés récemment par les soins de la galerie Arnaud Lefebvre, ils se déploient dans la white box sous la Verrière de la fondation Hermès, certains encadrés sur les murs, d’autres se déroulant librement, tel le rouleau de cette infinie Ecriture, d’autres encore exposés à l’horizontale, tels ces répertoires d’espaces troués où la couleur cherche la limite de l’effacement, ou encore sur des plans légèrement inclinés, telles ces turbulentes cartographies cosmiques, organiques ou végétales.

Pour cette première exposition monographique du cycle Poésie balistique, Guillaume Désanges nous invite à nous glisser entre les plis d’une œuvre sérielle d’une rare intensité, qui respire une énergie basse et obstinée, une puissance discrète et patiente. Survival Art est le terme que l’artiste même a choisi pour qualifier sa production dès le début des années 1970. Hessie s’inscrit dans la lignée de celles qu’Aline Dallier-Popper a pu appeler les « nouvelles Pénélopes », s’emparant des pratiques « utilitaires », liées aux loisirs, pratiques « mineures », telles la couture ou la broderie, dans des démarches de réappropriation féministe, pour revendiquer en acte des espaces de liberté créatrice. A l’opposé du minimalisme, le plus souvent monumental et autoritaire de la période historique américaine, l’art de Hessie cultive une générosité, une discrétion et une élégance proche des rythmes organiques. Développés en séries, ses motifs invoquant un débordement intarissable des surfaces modestes, confinées et souples, témoignent néanmoins d’une terrible rigueur systémique dans la prolifération des techniques répétitives : « Machines à écrire », « Bâtons pédagogiques », « Grillages », « Végétation ». Une grande économie formelle, qui pourrait répondre aux exigences des algorithmes cryptés, mais aussi aux hasards impérieux des environnements naturels ou encore aux mouvements oscillatoires, aigus, d’un sismographe affectif, est la source de subtils jeux de vides et de pleins, d’intensités et de nuances chromatiques.

Une multitude de ritournelles secrètes, légères, obstinées, qui ne disent que rarement leur nom – tel cet Hommage à des milliers de frères inconnus, œuvre toute en perforations et gaufrage sur papier – densifient le volume translucide sous la Verrière, enclenchent des dynamiques de déterritorialisation, qui démultiplient de manière vertigineuse les points de contact avec le monde, dans des circulations migratoires transhistoriques, inter-regnes, de l’infiniment petit et du moléculaire aux flux cosmiques. Engagée dans une logique synesthésique, musicale, toute en rythmes et respirations, l’exposition que Guillaume Désanges dédie à l’œuvre de Hessie, met à l’honneur ce chantier éthique et esthétique personnel, et au combien nécessaire à tous, projet mené à l’échelle d’une vie, qui emprunte aux techniques de camouflage et de résistance, pour s’ouvrir à une autonomie radicale, où s’entretissent la fragilité et l’impératif silencieux de la nécessité créatrice.

Smaranda Olcèse

visuel : hessie, « microscopies », dessin – copyright Galerie Arnaud Lefebvre

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