COLLECTIF BERLIN, « ZVIZDAL », ROAD-TRIP POST TCHERNOBYL

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Zvizdal – (Tchernobyl, so far – so close) – Berlin (Bart Baele & Yves Degryse) & Cathy Blisson – Création 2016 – 30 novembre – 17 décembre – Le Centquatre – Paris

Pendant cinq années, le Collectif Berlin avec la collaboration de Cathy Blisson, s’est rendu sur le territoire interdit du village de Zvizdal, a priori vidé de toute vie, au cœur du désert post-Tchernobyl.

J’appellerai Zvizdal un projet plutôt qu’une œuvre. C’est un film qu’ils rapportent de leurs allers-retours, pas une fiction mais pas non plus un documentaire. Un road trip qui témoigne des deux derniers êtres qui peuplaient encore ce lieu déserté, deux êtres en fin de vie et en fin d’espérance. Ce sont Pétro et Nadia, le vieux et la vieille, qui se sont attachés à leur maison et à leurs souvenirs, et sont restés là près de 25 ans, presque disparus du monde. Ce n’est même pas dans le passé qu’ils ont vécu mais bien dans un futur impossible.

Tchernobyl, cet oublié de l’Europe, presque tabou, ce non-dit, ce premier échec, qui n’en a pas arrêté d’autres. Tchernobyl, cette tristesse qui résonne dans le vieux couple d’amoureux, qui n’a plus même besoin l’un de l’autre. Soudés ensemble par l’amour, puis par l’habitude, puis par plus rien que cette vie qu’ils ne comprennent déjà plus mais qu’ils raillent encore avec humour.

Le dispositif, quoique simple, pose question. Au milieu d’une salle, un écran surélevé au dessus de trois maquettes de la maison du couple, qui évoquent trois saisons, et s’animent sous l’influence de deux caméras mobiles. De chaque côté de l’écran, le public. A la fois visible et invisible, le dispositif dessine graphiquement l’espace qu’il occupe en même temps qu’il s’oublie très facilement, car la star du projet est bien entendu le film qui narre la vie de Pétro et Nadia. Mais pourquoi un gradin bi frontal quand le public est invité à regarder un film de façon somme toute assez conventionnelle? Il est vrai que les questions de frontières se posent, dans le film comme dans le dispositif ; ici deux groupes se font face sans être invités à réfléchir à cette division. La séparation paraît arbitraire, peut-être résident là toute la force et un peu de la faiblesse du dispositif.

C’est moins de Tchernobyl dont il est question dans Zvizdal, que des résultantes d’un aveuglement collectif, ou nous pouvons aller jusqu’à dénoncer la manipulation des masses, leur bé(a)tification et impuissance même, dictée par les dirigeants en place. On parle ici d’une résistance, d’un refus d’obéissance d’une certaine manière, et d’une adaptation. Un couple a vécu dans l’isolement d’une terre (ir)radiée pendant un quart de siècle. Leur dernier quart… est-ce là acte héroïque ou caprice? Qu’importe. C’est une résilience avant tout ; comme la nature s’adapte, l’homme aussi. Mais « c’est dur », admettent-ils à plusieurs reprises: l’isolement est dur, l’humain est fait pour le groupe et la communauté. Jusqu’où l’homme est-il prêt à aller pour défendre des convictions, un mode de vie? Quand franchit-on la fine barrière qui fait passer de la vie à la nostalgie irreversible ?

Zvizdal c’est aussi l’histoire d’une disparition. Comme si un flot de tristesse voulait se déverser sans y parvenir, comme ces deux vies qui mettent du temps à s’éteindre.

Moïra Dalant

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