AÏCHA M’BAREK & HAFIZ DHAOU, « NARCOSE », BONLIEU SCENE NATIONALE

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NARCOSE – Aïcha M’Barek et Hafiz Dhaou – mer.11 | jeu.12 | ven.13 jan. – à 20h30 | sauf jeu. à 19h – Bonlieu, Scène Nationale d’Annecy.

Nage en eau trouble.

On avait laissé Aïcha M’Barek, Hafiz Dhaou et le trio de danseurs dans la cour de la Parenthèse à Avignon OFF et les revoici dans leur lieu de prédilection, presque chez eux, à Bonlieu, Scène Nationale d’Annecy, soutien fidèle de la plupart de leurs créations chorégraphiques.

Cette fois-ci, pas de tasses à café comme dans Kawa, pas de cailloux comme dans Kharbga, pas de figurines grandeur nature comme dans Sacré Printemps ! … Non. Un plateau vide. Simplement. Un noir profond et dense qui sera sculpté par les lumières de Xavier Lazarini qui va accompagner les images puissantes et fortes de ce nouveau trio Narcose.

Depuis leurs débuts en 2004, Aïcha M’Barek et Hafiz Dhaou savent que la première image d’un spectacle est fondamentale. Ici, ils ne ratent pas leur coup.

Les danseurs entrent par le côté cour de la scène et sortent dans un line-up précis et puissant par l’autre coté. Cette écriture de droite à gauche rappelle que les deux artistes sont tunisiens et de langue arabe. Ils sont de l’orient. Ils vivent et regardent l’occident. Leurs racines, leur culture, sans être ostentatoires, vont donc fonder le propos de cette pièce.

A Avignon, les mouvements des bras, amples et rapides, faisaient penser à des moulins à vent puis, progressivement venaient à se ralentir voire à se raréfier. Dans cette nouvelle version aboutie, le geste de départ nous plonge dans un état de rêve, comme si un liquide amniotique emplissait le plateau et que, comme dans le ventre maternel, tout était possible mais modifié, comme en apesanteur. Tel ce geste lent de Stéphanie Pignon, chevelure au sol, pour se relever…

Si le décor est inexistant et les lumières primordiales, c’est la création musicale en direct du tunisien – lui aussi – Haythem Achour, plus connu sous le pseudo de OGRA, qui va faire la différence. Un son techno, tantôt amplifié pour faire penser aux sons indus, tantôt salis pour tomber dans une sonorité semblable à des bruits au fonds du cale d’un bateau. Aussi angoissant que réaliste…

Cette musique est envoutante. Elle prend par le col et ne nous lâchera qu’à la fin du spectacle, et encore…

Bien sûr, la performance de cette nouvelle pièce vient des danseurs qui semblent sous emprise. Et si Grégory Alliot et Stéphanie Pignon occupent au début la scène, ils sont vite troublés par Johanna Mandonnet, sorte de feu follet lancée sur scène, telle une boule de billard, pour troubler ce premier tableau particulièrement réussi.

Et tout le reste de la pièce sera de cette teneure. Rien que des corps, des états, des tensions, convoquant des images claires, vraies qui rappellent des choses plus ou moins joyeuses, plus ou moins choquantes mais qui sont laissées à l’appréciation du spectateur qui n’entrevoit jamais ni malaise ni provocation mais qui reste captivé par ce qu’il voit et ne cesse de reconnaître, sans s’expliquer pourquoi, là, ici, sur cette scène, il le supporte… Est-il sous état de la Narcose voulue par les chorégraphes ? Sans doute et c’est la grande réussite de ce cette nouvelle pièce.

Toutes les choses de la vie sont explorées, mises à nu, tentées. Cette pièce apporte une nouvelle vision de l’univers des artistes. Ils se sont lancé un défi. Ils ont entamé une course folle et lucide contre toutes ces images qui saturent notre monde, qui modifient notre capacité à vivre ensemble. Ils osent une pièce politique et esthétique qui les montre sous un autre jour, d’une manière où on ne les attendait pas.

Tout au long du spectacle, les expériences que nous avons nous-mêmes tentées en coupant notre respiration, en tentant des figures impossibles rendues abordables sous l’eau, tout nous revient, jusqu’à Archimède qui se vérifie sans cesse. Et pourtant nous sommes à l’air libre. C’est dire le pur exploit.

Etienne Spaé

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