FESTIVAL 30/30 : RENCONTRE AVEC ANNABELLE CHAMBON ET CEDRIC CHARRON

tomorrowland-accc

30/30 Festival de la Forme Courte Nouvelles écritures scéniques, Jean-Luc Terrade, du 20 au 31 janvier 2017; Bordeaux Métropole, Limoges, Boulazac, Cognac / « Tommorrowland » Annabelle Chambon, Cédric Charron, Jean-Emmannuel Belot.

Rencontre impromptue avec deux danseurs de Jan Fabre : Annabelle Chambon et Cédric Charron

Inferno : Venu à l’Atelier des Marches rencontrer, dans son repaire du Bouscat, Jean-Luc Terrade à l’occasion de sa prochaine création « Je suis une erreur » de Jan Fabre – Festival 30/30 en janvier prochain -, je vous découvre en pleine répétition de « Tommorrowland » ! De là à penser que je suis tombé dans un guet-apens tendu à distance par l’iconoclaste artiste belge…
Annabelle Chambon et Cédric Charron : Vous nous parliez à l’instant du choc qu’a été pour vous Je suis sang [créé en 2001 dans la Cour d’Honneur du Palais des Papes], mais sachez que ça a été la même chose pour nous ! On avait réalisé auparavant un autre projet avec lui, As Long As the World Needs a Warriors Soul, avec sur scène moult chocolat, ketchup, corps à poil. Une spectatrice criait : « Jetez une bombe sur cette scène ! » C’était « animé » et ne laissait aucun spectateur indifférent, pas plus ceux qui adhéraient non sans jubilation à ce déferlement de liberté, que les autres, moins séduits…

Inferno : un affrontement qui participait pleinement du spectacle…
Annabelle Chambon et Cédric Charron : Oui, en 2005, en pleine grève des intermittents, quand on a présenté L’Histoire des larmes, le public s’est déchaîné en criant « Le ministre dehors ! », une cacophonie de trois quarts d’heure pour conspuer copieusement le ministre présent, et nous on attendait pour rentrer sur le plateau… Et puis dans ce chaos complet on a eu le feu vert et – miracle – les gens se sont tus… Plusieurs groupes de performers sur scène et des parents qui étouffaient un gamin hurlant en le prenant à la gorge ; et là, silence complet, les cris du gamin passaient au-dessus de la foule dans un silence de mort. On a pu commencer le spectacle… Dans les souvenirs assez extraordinaires, celui-là est vraiment pas mal.

Inferno : et pour votre dernière création qui sera donnée dans le festival 30/30, à quoi faut-il s’attendre ? Dans quelle contrée futuriste, Tommorrowland, comptez-vous nous embarquer ?
Annabelle Chambon, Cédric Charron, Jean-Emmannuel Belot : Tous les trois on faisait des recherches qui nous ont réunis dans des pôles de résidence (Bruxelles, Paris, Lyon) au gré du temps. On est donc de vieux copains de scène avec des recherches très différentes mais animés par le même désir de partage. On s’était dit qu’on se retrouverait, et nous voilà à Bordeaux sur une invitation de Jean-Luc [Terrade]. Nos désirs sont très rock maintenant ! C’est très naïf et c’est cette naïveté qui nous demande beaucoup de travail. Dans mon rapport de performer [Jean-Emmannuel], je prends plus un poste de musicien, ce qui me ramène à ma première jeunesse ! On utilise des instruments et des corps… C’est un modèle de création qu’on a envie de défendre à ce moment particulier de notre parcours.

Au travers des propositions de Manu, [Annabelle et Cédric] on se retrouve parfaitement car ses instruments c’est aussi du corps. Ce n’est pas du numérique mais de l’analogique, les machines prennent vie dans ses mains et ça devient un corps à part entière qui occupe tout l’espace. Que ce soit lui avec ses machines ou nous avec nos corps, ce sont trois types d’ « instruments » qu’on fait vibrer, qu’on manipule dans l’excès pour créer cet objet très rock.

Pour revenir au mot « naïf » employé précédemment, nous dirions plutôt « brut »… Même si pour l’instant on ne sait pas trop encore ce que ça va donner ! (rires)…. L’essentiel c’est de faire simple, ce qui est en soi compliqué ! Pour notre premier spectacle ensemble, tout s’était très vite posé de manière assez déconcertante autour du portrait d’un couple pas loin de l’autobiographie ; portrait chapeauté par un support sonore et conceptuel, une sorte d’auto-dérision des performers de Jan Fabre que nous sommes, en jurant – et évidemment c’était pas vrai – que c’était la dernière fois qu’on se mettait à poil, etc.

Et le titre, Tommorrowland, pose la question de notre nouvelle création : à cet endroit où nous nous retrouvons maintenant, comment nous envisageons le jour d’après ? Sur quels territoires on se situe désormais ? Quels sont nos envies, nos fantasmes ? Ce spectacle, on le nourrit d’influences différentes : du rétro futurisme en passant par la science-fiction, des figures comme celle de Laurie Anderson avec Forty-Eight, ou encore celle de Stanley Kubrick avec la mort magnifique de l’ordinateur Hal [2001, l’Odyssée de l’espace].

On est allé chercher loin dans le passé pour « projeter » ensuite ce que pourrait être le demain de ce Tommorrowland. Pour l’instant, on a éliminé le langage de mots. On a puisé dans la mythologie contemporaine de ce qui fait image. Ainsi on a été amené à supprimer le texte pour laisser toute sa place aux corps, faire que ce soient les vibrations des corps qui ouvrent à d’autres espaces.

C’est un peu un travail de laboratoire où le processus est au cœur même de la création. On n’est pas dans une fabrique programmée de théâtre, avec trois ans à l’avance les subventions qui s’y attachent, mais dans une forme qui évolue au fur et à mesure du travail de plateau sans trop savoir où tout ça nous mènera. On recommence aujourd’hui ensemble comme si on était de jeunes musiciens – mais c’est pas vrai (rires) ! Chacun des trois a le même rôle sans qu’un leader se détache.

Tous les trois on ne travaille pas en continu, on a des breaks en fonction de nos emplois du temps. Eux deux [Annabelle et Cédric] sont toujours ensemble, y compris dans le solo de Fabre où ils s’accompagnaient. Ils ont leur propre langage et rebondissent sans cesse en écho.

Effectivement, ça fait dix-sept ans qu’on [Annabelle et Cédric] travaille ensemble et c’est comme si au fil des années on s’était déteint l’un sur l’autre. Nos deux corps et nos deux cervelles ont acquis des schémas communs. Un peu comme des miroirs…

Inferno : …une complicité élective (Pascal Quignard). L’autre est élu comme différent mais aussi comme double privilégié avec qui le dialogue se développe de manière singulière.
Annabelle Chambon, Cédric Charron et Jean-Emmannuel Belot : Oui, c’est ça… Cependant on n’est pas là que pour se faire plaisir mais pour pousser toujours plus loin nos explorations. On n’est pas sur des tempos définis mais pour se fragiliser afin d’aller au-delà de nos zones de confort… Nos échanges avec Manu peuvent aller jusqu’à la friction. La « belgitude » nous donne ce goût pour les échanges francs et bruts. Le rock, le rapport à la non-langue, est fondateur de l’état d’esprit qui nous anime : ce que l’on fait, c’est ce que l’on voit.

Propos recueillis à L’Atelier des Marches par Yves Kafka

Visuel copyright ACCC

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

  • INFERNO RECRUTE SES CORRESPONDANTS EN MEDITERRANEE :

  • Allez :

  • HOMMAGE A MIKE KELLEY

  • UNTITLED FEMINIST SHOW / Young Jean Lee

  • PORTRAIT : STEVEN COHEN

  • SOPHIE CALLE : RACHEL, MONIQUE

  • ISTANBUL MODERN : VAPURS, BOSPHORE ET ART CONTEMPORAIN