MYRIAM GOURFINK, « AMAS » : FAIRE DANSE

amas

Amas – Chorégraphie Myriam Gourfink – Composition Kasper T. Toeplitz – T2G Gennevilliers – Du 12 au 19 janvier 2017

Comment faire danse à partir de mouvements simples ? Comment redécouvrir l’origine du mouvement ? Peut-être en considérant que la danse agit en nous même lorsqu’on est immobile ? Myriam Gourfink a décidé pour cette création de faire davantage confiance au corps et à la sensibilité de ses danseuses. Accompagnées d’une musique aux tonalités sombres, les interprètes produisent un spectacle minimaliste et tellurique. L’ensemble laisse une impression de beauté froide. Un spectacle à l’engagement évident mais qui ne parvient pas à tenir toutes ses promesses.

La scénographie du spectacle est entièrement dédiée au son. Les baffles montées et disposées peuvent évoquer les pièces d’un jeu d’échec et ses tours immobiles et menaçantes. C’est l’espace de la vibration qui est ici donné à voir, espace qui accueillera et accompagnera les sensations des interprètes. La figuration concrète du sensible et du sensoriel nous amène subtilement à considérer l’émotion des corps et les vibrations sonores comme autant d’éléments bien concrets eux aussi, bien que nos sens atrophiés n’en perçoivent pas toujours toute l’importance.
C’est le retour à une certaine idée de l’essentiel, c’est l’invitation faite aux spectateurs de s’ouvrir à la disponibilité tout en soulignant l’âpreté et la difficulté d’un tel chemin.

Les interprètes, droites, vibrantes, arrivent peu à peu sur le plateau. Leurs pantalons à damier amènent un peu de blancheur dans l’espace sombre. D’elles peut-être renaîtrons des sources de lumière ? Le début du spectacle est fascinant. La lenteur des gestes et leur ouverture permettent de projeter sur les images que les interprètes produisent tous les possibles tous les contraires. Les gestes, par leur lenteur et leur densité donnent aussi à ressentir une fermeture du sens qui contient une beauté glaçante. Promesses et menaces, caresses et coups, élévation et écrasement, rondeur et lignes claires. Tout est possible, mais rien n’est souligné. Tout s’ouvre et tout se ferme en même temps. Les interprètes réussissent la prouesse d’être à la fois profondément ensemble et profondément elles-mêmes, en écoute à la fois des autres et de leur intimité.

Par la suite, cependant c’est l’âpreté qui domine. La clarté est écrasée par la tonalité sombre de l’ensemble. Peu à peu la fascination se perd, et l’on a l’impression de voir un spectacle monochrome, une sorte d’outre-noir trop beau pour être le témoignage de forces inconnues. L’attention se promène, la pensée syncope, elle fait elle-même le travail de contrepoint. Dommage, il manque au spectacle la finesse d’une chanson de Radiohead, qui si elle donne l’impression de la mélancolie n’en contient pas moins une lumière certaine, à la source de son expression.

C’est à la fin du spectacle que la fascination et le sensible reprennent leurs droits. Le son se fait plus fin, plus subtil, il glisse vers le silence. Il est présent et ouvert lui aussi.

Grésillement de radio ou stridulations d’insectes, naturel et artificiel s’allient, puis se troublent, ouvrant des espaces mentaux et sensoriels. Les corps, sans que l’on s’en soient rendu compte ont atteint une autre stature, et ils tentent de s’élever vers la lumière. La beauté menacée renaît. Tout est de nouveau possible.

Willie Boy

image © Myriam Gourfink et Monique Weiil

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