BLITZTHEATREGROUP, « 6 A.M. HOW TO DISAPPEAR COMPLETLY »

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6 a.m. how to disappear completly – D’après Ménon pleurant Diotima de Friedrich Hölderlin traduit en grec par Stella Nikoloudi (AGRA publications) – Conception et mise en scène : BlitzTheatreGroup – Nouveau Théâtre de Montreuil – Du 23 au 28 février 2017.

Certaines troupes portent avec elles l’âge d’or du théâtre. Quand on voit un spectacle du BlitzTheatreGroup, on comprend le sens que peut porter cet engagement si particulier du comédien ou de l’artiste de théâtre : amener la fragile poésie dans le cœur des gens, se battre pour que naisse au milieu du monde brutal des images fines, naïves, qui nous relient à notre enfance , à nos joies et nos angoisses profondes. Voir « 6 A.M. », c’est comme se replonger dans ce que le théâtre peut produire de plus abouti en terme de poésie, de structure post narrative, d’images intérieures secrètement connues de nous, images dont l’obscurité originelle confère peu à peu à l’évidence. On pense à Tadeusz Kantor bien sûr, au Théâtre du Radeau, aux balades joyeuses et apocalyptiques d’Alexis Forestier dans « Divine Party ».

Le spectacle est tenu par une dramaturgie très simple : un groupe de personnes évoluent au sein d’un chantier, ils tentent de briser le plafond du ciel au-dessus d’eux en lui lançant des pierres… On ne sait ce qu’ils poursuivent ainsi inlassablement ni quel espoir les fait vivre, ces petits Sysiphe. Le savent-ils eux-mêmes ? S’en souviennent-ils ?

Peu de paroles dans ce spectacle. Un seul poème, « Ménon pleurant Diotima » de Friedrich Hölderlin. Il est dit par une femme seule d’abord au corps torturé, puis par une machine étrange, sorte d’antenne radio qui semble se faire le relais d’un autre monde, plus beau, plus lumineux. Le désespoir amoureux porté par ce poème devient le carburant des hommes et des femmes qui le disent :

« Chaque jour je m’en vais sous le ciel et je cherche en vain un changement.
Je leur ai depuis longtemps tout demandé, aux sentiers de la campagne ;
les collines là-haut où souffle la fraîcheur, j’erre de l’une à l’autre, et de
l’ombreà la source. Et mon âme, des sommets aux vallées,
implore le repos. Ainsi la bête blessée fuit aux forêts
où jadis à midi elle reposait nonchalamment à l’ombre,
mais son gîte de verdure ne rendra pas la paix à son cœur ;
elle geint, elle ne sommeillera plus ; le dard l’entraîne égarée çà et là ;
la chaleur du soleil, la fraîcheur de la nuit, rien n’y fait ;
en vain aux flots du fleuve elle baigne ses blessures,
en vain la terre lui offre la vertu joyeuse de ses simples ;
aucun zéphyr n’apaise la fièvre de son sang.
Ainsi, ô mes amis, ainsi me semble-t-il de moi. Est-il dit que personne
n’ôtera de mon front le rêve qui m’afflige ?
 »

Ces paroles, dites dans de nombreuses situations, au milieu des rires ou des larmes, ponctuent les échecs répétés de ces ouvriers opiniâtres, de ces poètes malgré tout. Est-ce l’amour alors qu’ils cherchent ? Peut-être aussi leur humanité, la lumière du soleil, la joie simple de respirer un air pur.

On ne dira pas s’ils y parviennent ou non, mais on ne pourra pas s’empêcher en voyant ce spectacle de penser aux crises successives qu’a récemment subies la Grèce, laboratoire des rétorsions et violences économiques les plus coupables. Ce chantier obscur en est une métaphore évidente.

Au plus fort du bras de fer qui opposait l’Eurogroupe au gouvernement de Tsipras, on a pu lire ces paroles rapportées d’un patron allemand : « Nous torturons les Grecs afin que les Italiens entendent leurs cris ».
Les Grecs du BlitzTheatreGroup crient en effet. Mais quel beaux cris.

Willie Boy

photo Elina Giounanli

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