BIENNALE DE DANSE DE VENISE : ALESSANDRO SCIARRONI, LE DERVICHE

Venise, envoyé spécial.
CHROMA – Alessandro Sciarroni – 24 juin 2017 – 11e Biennale de Danse de Venise

Alessandro Sciarroni : Le derviche

Depuis Folk’s et une épuisante danse tyrolienne, Alessandro Sciarroni est l’un des chorégraphes italiens les plus intéressants, faisant du moindre geste un prétexte à une danse personnelle, délicate et poétique.

Dans Chroma, il entre en transe, tel un derviche. Il traverse le plateau en diagonale. Il compte ses pas. Il les réduit pour tomber sur le milieu même de la scène. Il tourne sans cesse au centre de ce tapis blanc autour duquel le spectateur installé le scrute. Il est son propre moteur. Il est monté sur un rouage qu’il actionne par un ensemble de mouvements des bras qui produisent un tas d’images évocatrices qui saisissent l’imaginaire.

La main longuement en l’air et on ne peut réfréner l’idée d’un salut fasciste. Plus basse, la main capte l’air, deux doigts tendus, le pouce ouvert et l’on pense à une arme. Mains au niveau des hanches, une corole. Le poing serré sur le plexus, un bataille… Les doigts, les mains sont un message, une revendication. Mains sur sa tête comme une auréole, un geste fraternel garde l’occiput longtemps protégé. Dans cet état, tout prend du sens. Selon que la tête est à gauche ou à droite, tout le corps est le messager. Il devient toupie, une sorte de Shiva aux mille bras danse pour nous. Bouche ouverte, dents serrées, mâchoires crispées, chaque attitude rend compte de l’état.

Dans un ultime combat pour accompagner le lever d’un jour probable, alors que les lumières éclairent au fur et à mesure le public, le danseur – chorégraphe se déplace vers les spectateurs, il sourit. Il irradie de sa grâce, de ses tours…

Sans quasiment dévier de son centre – et pour quiconque a tenté de tourner sur soi-même longuement, on apprécie le défi et la précision du placement Alessandro Sciarroni – pendant toute la durée de la pièce le danseur, dans une économie de moyens mais pas d’efforts, assène un message, un peu comme ces bandes passantes en bas des écrans de certaines chaînes de télévision où des nouvelles nous arrivent. Il faut les lire avec rapidité. Elles entrent dans notre cerveau puis se perdent dans le néant de notre mémoire…

Soudain, il scrute le ciel. Il voit cette lumière qui se balance comme lui d’un va-et-vient mécanique. Le jour tombe. La pièce est finie et c’est un enchantement. Il faudra du temps pour revenir sur la terre ferme et convenir qu’une fois de plus, une fois encore, Alessandro Sciarroni nous a invité à un beau voyage.

Emmanuel Serafini

Publicités

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

  • INFERNO RECRUTE SES CORRESPONDANTS EN MEDITERRANEE :

  • Allez :

  • HOMMAGE A MIKE KELLEY

  • UNTITLED FEMINIST SHOW / Young Jean Lee

  • PORTRAIT : STEVEN COHEN

  • SOPHIE CALLE : RACHEL, MONIQUE

  • ISTANBUL MODERN : VAPURS, BOSPHORE ET ART CONTEMPORAIN