« THE ENCOUNTER », SIMON McBURNEY CONTEUR CHAMANIQUE


Londres, correspondance.
« The Encouter » de Simon McBurney, Barbican, londres.

L’année dernière, Simon McBurney, le cofondateur de la troupe Complicité, revenait au Barbican avec The Encounter une adaptation du roman Amazon Beaming de Petru Popescu. Un succès international et mérité.
Comme aux enfants, le soir venu, une histoire fabuleuse est promise au spectateur, qui découvre son fauteuil muni d’un casque, et dont les sens et le rapport à la réalité, dès le tout début du spectacle, sont brouillés, révélant, par là-même, les dangers de la toute puissance de la Fiction. Un spectacle intelligent, polyphonique, savamment élaboré par un raconteur d’histoires individuelles ou collectives hors pair, d’un récit d’un retour aux origines primitives qui semble, au premier abord, fait de bric et de broc.

Seul en scène pendant deux heures, Simon McBurney susurre ainsi intimement à notre oreille droite puis plus brutalement dans notre oreille gauche. Pour cette pièce, le public est équipé de ce casque permettant toutes les audaces sonores et une palette de sons que l’acteur produit quasiment en direct ou en s’enregistrant. Le vaste plateau de la grande salle du Barbican est sobrement dressé de deux tables, de nombreuses bouteilles d’eau éparpillées, d’une boîte de carton emplie de bobines, et surtout d’un micro géant représentant une sorte de tête sculptée. Micro qui enregistre toutes les pérégrinations sonores et autres plis de la création sonore. L’habillage se fait principalement de sons, enregistrés en direct, parfois préenregistrés, de musiques, comme Make It Rain de Tom Waits lors de mise en voix et lumières explosive des rues de Washington. Des sortes de formes tubulaires mobiles sur lesquels se reflète une lumière sobre, aux teintes verdâtres dans la jungle ou orangées en fond de scène abstrait viennent servir le son de façon plus abstraite. L’ensemble prend la forme d’un récit presque légendaire, chuchoté à l’oreille ou hurlé au plus intime de notre cerveau, comme enfant, le soir, à notre oreille, aux tréfonds de notre conscience.

Simon McBurney incarne ici le photographe américain du National Geographic, Loren McIntyre, prenant à cet effet, un fort accent américain, et sa rencontre inattendue avec la tribu Mayoruna, en 1969, après avoir été parachuté, au-dessus de la forêt amazonienne. La voix grave et chaude de Loren, ses pensées, affluent directement d’une oreille à l’autre, côté cour et jardin, et le spectateur suit les tribulations du photographe dans la forêt, témoin du combat de cette tribu pour survivre et conserver ses traditions.

La narration intercale les interventions intempestives de la fille de Simon McBurney tandis que ce dernier travaille, le spectateur le comprend, à composer précisément ce spectacle, et par là-même sa belle relation avec elle affleure au récit, le nourrissant, documentant le récit primitif de McIntyre,. Double narration donc qui mise en abyme de notre besoin de conte, de récits ; brouillage des barrières entre réalité et fiction. Incarnant son propre personnage en plein processus créatif, mais aussi Loren, l’acteur abat le quatrième mur, s’adressant librement à l’audience montrant en direct les pièges qu’il lui tend et laissant malgré tout et sans contradiction place à toutes les imaginations. Le plateau n’est plus ni plateau, ni scène, mais humanité et création en devenir, nourrissant notre besoin enfantin de légendes et l’on se laisse doucement glisser dans ce récit mystique d’une tribu cherchant à échapper à son extinction, à comprendre ce qu’est l’homme par la sorcellerie, le refus de la technologie et autres moyens d’ouvrir les sens.

The Encounter est la somme de recherches, de voyages : Simon McBurney se rend au Brésil, dans la tribu Mayoruna, travaille sur la technique du son binaural, un son en trois dimensions, enveloppant l’oreille pour nous plonger dans une Amazonie emplie d’images sonores, de couleurs sensitives, où l’on palperait presque la moiteur amazonienne. Un récit sensible, kaléidoscope sensoriel, fait de transes, de danses tribales à l’image du besoin d’histoire des enfants, de la fille de Simon McBurney, qui explore les tréfonds de la conscience humaine, d’une épopée individuelle. Une expérience unique qui questionne le statut de la fiction. Peut-on faire confiance à nos sens ? Doit-on s’abandonner à une certaine réalité ? Comment la distinguer de la fiction ? Mais plus encore aux confins de son être le personnage de McIntyre pose la question de l’être, de l’existence et surtout de l’acceptation et la défense des Mayoruna, tribu méconnue, qui ne cherche qu’à exister, trouver son être réel, survivre dans la forêt, loin de toutes les vicissitudes mondiales technologiques.

Un spectacle qui s’adresse à nos sens, notre intelligence mais renvoie aussi à une part plus primitive de notre être en proposant une expérience unique.

Delphine Leroux
à Londres

En tournée actuellement et en 2018 :
Paris au théâtre de l’Odéon, du 29 mars au 8 avril 2018 : http://www.theatre-odeon.eu/fr/2017-2018/spectacles/encounter
Londres au Barbican, 14 avril au 5 mai 2018 : https://www.barbican.org.uk/whats-on/2018/event/complicitesimon-mcburney-the-encounter

Comments
One Response to “« THE ENCOUNTER », SIMON McBURNEY CONTEUR CHAMANIQUE”
  1. CultURIEUSE dit :

    Ce spectacle magistral a été joué en français au théâtre de Vidy, Lausanne.

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