« EVEL KNIEVEL CONTRE MACBETH », RODRIGO DES UNS, GARCIA DESORDRES…

RODRIGO GARCIA – « EVEL KNIEVEL CONTRE MACBETH, na terra do finado humberto » – spectacle en français, espagnol et anglais, surtitré – Création à hth, CDN Montpellier, en novembre 2017.

Toujours la même chose, diront les uns. « Bon qu’à ça* », diront les autres… »EVEL KNIEVEL CONTRE MACBETH, na terra do finado humberto » sera la dernière création de Rodrigo Garcia en tant que directeur du CDN de Montpellier, dont il a claqué la porte avec pertes (financières mais surtout humaines) et fracas (le bruit de l’incapacité de l’institution à accompagner les artistes dans leurs créations). Il aura mis trop de désordre dans une maison qui n’avait pas besoin de ça pour vaciller : éloignement du bâtiment théâtre et du centre-ville, incapacité des politiques publiques à créer un désir de spectacle chez les habitants, changement de civilisation etc.

Comme d’habitude, diront les uns, une femme à moitié à poil se roule en hurlant dans un liquide gluant. Après le miel et le savon, c’est au tour de… Non ! Diront les autres, il ne faut surtout pas spoiler, c’est justement l’effet d’attente qui crée suspense et place le spectateur habitué de Garcia dans l’attente, dans l’impatience et donc, dans une forme de joie. Et que dire des animaux cette fois-ci ! Après le homard ou le coq, voici venu… Les rendez-vous entre l’artiste et la construction de son œuvre sont les mêmes. Pour dire dans le fond la même chose. Mais cette fois-ci, le geste est certainement plus radical, plus ambitieux aussi et surtout délesté de pas mal d’éléments séductifs : le rire, le sensuel, l’exagération. « C’est du pur Rodrigo » diront les uns. « C’est Garcia en pur » psychologiseront les autres.

Dénoncer des méthodes en les utilisant elles-mêmes. Rodrigo, c’est le Mélanchon du théâtre. Si l’homme politique dénonce le stalinisme par les méthodes du stalinisme, l’homme de théâtre dénonce la société de la violence par la violence. Le spectacle se monte comme une accumulation de violences et de coups rudes à l’encontre de l’humanité. Envers les femmes, les mères, la France, l’Europe, l’entreprise, le repas… tout y passe : la tentative d’échange inter-social est un échec cuisant. Dieu est mort, l’homme pas loin, la société agonise et Evel Knievel fait du vélo. On en vient même à faire disparaître les corps. La vidéo prend un place immense et les trois formidables acteurs du projet sont souvent empêtrés, empêchés, cachés par costumes, scénographie et lumières qui font habilement disparaître les corps pour mieux révéler l’atteinte du monde.

Le spectateur qui vient se divertir en aura pour son grade : s’il cherche du divertissement au sens d’entertainement, c’est peut-être un des spectacles les moins drôles (les plus dépressifs diront les autres) de Rodrigo Garcia. Ceux qui viennent pour être déplacé, diverti au sens brechtien du terme, entendront que le monde va mal et que rien ne va plus, même chez les marquises. A quoi bon se déplacer ?

Heureusement, une vidéo finale fait un pied de nez magistral à cet abîme de brutalités moribondes. Toutes les thématiques du spectacle se retrouvent dans un thriller brésilien et giallo, sorte de parodie de Fourchette et Sac à dos façon Tarantino mêlée à un docu d’Arte sur les tribus primitives. Ou Françoise Héritier chez les Nuls. Du grand art de compression de l’espèce humaine, dans la pensée, la splendeur et l’humour. A l’instar de Vincent Macaigne, si l’avenir de Rodrigo n’est plus dans les CDN, celui de Garcia est peut-être au cinéma.

Bruno Paternot

* en 1985, le quotidien Libération demande à plusieurs auteurs : « Pourquoi écrivez-vous ? » Entre les longs paragraphes traitant de leurs intériorités, les 4 mots de Samuel Beckett explosaient tout : « bon qu’à ça ».

Photo Marc Ginot

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