LEONARD BOURGOIS BEAULIEU : DE LA PHOTOGRAPHIE COMME EXPERIENCE DE LA MATIERE

« Le grand Tour », exposition de Léonard Bourgois Beaulieu – Galerie Laure Roynette, jusqu’au 17 novembre – curator : Henri van Melle.

Léonard Bourgois Beaulieu laisse vivre la photographie au grès de son quotidien. Elle devient alors un objet avec lequel il noue un lien. Il a découvert les possibilités que propose le polaroid, ce support qui offre une image de façon instantanée. Plutôt que d’envisager la photographie comme un médium qui permet de garder en mémoire les souvenirs, telle une œuvre fragile, à conserver précieusement et à manipuler avec soin, il la considère comme « une matière qu’il doit confronter à l’espace qui l’entoure ». Il fait confiance au hasard et à tout ce que peuvent produire les aléas du procédé de développement de la pellicule. Ses photographies, sur lesquelles se retrouvent parfois des traces de ses mains, des imperfections, paraissent vieillies, usées par le temps, comme trouvées et provenant d’une autre époque.

Pour son exposition solo à la galerie Laure Roynette, il présente différentes séries de photographies issues de ses voyages ainsi que des portraits. Léonard Bourgois Beaulieu interroge le goût renouvelé, comme plaisir touristique, pour Le grand Tour, voyage de formation qui fut essentiel pour les peintres aux XVIIe et XVIIIe siècles.

Un voyage en Californie l’a d’abord marqué : il est allé à la rencontre des grands paysages, des lieux mythiques que les hommes aiment découvrir pour faire l’expérience d’une nature dite « encore sauvage ». Ses photographies montrent ses espaces qui sont désormais aménagés et conquis par l’homme. Il affirme d’ailleurs « Nous ne sommes plus absent de la nature, elle fait partie de parcs, réserves, déclarés patrimoine de l’humanité, en notre possession ». De grands formats, ses tirages photographiques semblent rongés par un cadrage organique qui recentre l’image. Ce blanc qui les entoure, ainsi que les vides, symbolisent des lacunes et attestent de notre mémoire qui nous joue parfois des tours.

Au Japon, Leéonard Bourgois Beaulieu a photographié des rites et des coutumes. Sa série rend compte d’une identité culturelle d’un territoire. Sur certaines, une tache de couleur attire le regard tandis que dans d’autres c’est la lumière, qu’il a captée à un moment donné, qui conduit vers une rêverie.

Deux photographies prises à Rome paraissent d’autant plus transformées par le temps, baignées d’une douce lumière. Le site photographié disparaît presque au profit d’une diversité de couleurs délavées, de différentes tâches, marques, empreintes, témoins des contacts et rencontres avec l’environnement.

La série d’images réalisées suite à son voyage en Afrique du Sud présentent une texture, des marques blanches que l’artiste qualifie de « traces fantômes ». Celles-ci font écho à des aurores boréales, ces phénomènes naturels qui modifient le ciel. Ces effets provoqués durant le développement du négatif interagissent avec les caractéristiques des éléments naturels des paysages parcourus.

Pour compléter ces séries de paysages, des portraits expriment une relation à l’espace intérieur, à l’intimité. Ils interrogent la question du genre. Dans ses photographies, les personnes semblent êtres prises dans leurs pensées. Le cadre noir, cette fois choisi volontairement par l’artiste, permet de concentrer l’attention sur la légère source de lumière qui révèle leurs visages. Ce qui renforce cet état de trouble sur l’identité.

Des portraits aux paysages, ces séries de photographies renvoient aux espaces que l’on visite, ceux que l’on occupe parfois, ceux que l’on abandonne et souvent ceux que l’on habite.

Si les photographies de Léonard Bourgois Beaulieu captivent le regard pour leurs couleurs et leurs textures, ces effets esthétisants sont le fruit d’un lâcher-prise. L’artiste se saisit des accidents comme d’heureux hasards et révèle ainsi le caractère tactile qu’on peut avoir avec la photographie. Il rend compte du lieu tel qu’il lui apparait et témoigne de l’action du temps sur l’objet négatif, une transformation qui fait écho à celle de la nature.

Pauline Lisowski

images: Hermes (2013), Tokyo Red (2013), Mars (2017) – Copyright the artist

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