« LA REINE LEAR », UNE DECEPTION A LA HAUTEUR DE L’ATTENTE

Bruxelles, correspondance.
« La Reine Lear » au Théâtre National de Bruxelles, création de Christophe Sermet, texte Tom Lanoye, avec Anne Benoit, Philippe Jeusette, Iacopo Bruno, Yannick Renier, Baptiste Sornin, Bogdan Zamfir, Claire Bodson et Raphaëlle Corbisier. Jusqu’ au 19 janvier 2019 puis au Théâtre de Namur du 23 au 26 janvier 2019.

Une déception à la hauteur de l’attente.

La Reine Lear se sent devenir vielle ; elle décide de partager le royaume entre ses trois fils. On connaît la suite : les deux aînés répondent par la flatterie à la demande d’amour exclusif de la reine, le cadet (ici, Cornald pour Cornelia chez Shakespeare) s’y refuse… Ce qui pouvait passer pour un acte de bravoure et de vérité, engendre une triple catastrophe : destruction des liens familiaux, destruction de l’empire financier, effondrement moral d’une élite gangrénée par l’argent Roi.

Tom Lanoye réécrit le Roi Lear de Shakespeare (et c’est presque une tradition chez lui que de réinterpréter les grands mythes du théâtre : Mama Médéa en 2001, Méphisto for ever en 2006, Hamlet vs Hamlet en 2014 entre autre…) et le féminise tout en transposant l’histoire dans un monde contemporain ultralibéral au sein d’une multinationale : la « Holding Lear » !

En début de saison, nous nous réjouissions d’avance de voir ce nouveau spectacle, tant les créations de Christophe Sermet offrent au paysage théâtral belge une vivifiante confrontation avec les textes. Et que dire de Tom Lanoye, dramaturge et écrivain flamand salué pour son écriture caustique et savoureuse, pour sa vision contemporaine du théâtre, que nous avons tant aimé chez Guy Cassiers (Sang et Roses à Avignon en 2011). Mais cette fois-ci pour leur deuxième collaboration après Mamma Médéa en 2011, le sentiment est mitigé si ce n’est plus.

Un texte âpre, souvent répétitif et trop peu lyrique pour que la folie nous embrasse. Rarement drôle et caustique (comme peut l’être Shakespeare) mais souvent ennuyeux. Un dispositif scénique imaginatif mais trop peu utilisé comme perdu sur ce grand plateau comme les acteurs parfois. Même si cette troupe excelle dans l’interprétation et notamment Anne Benoit grande tragédienne née, Philippe Jeusette toujours impeccable et Baptiste Sornin très juste et élégant, ce théâtre-là ne nous transporte jamais vraiment dans le drame et la folie dont il s’inspire. Dommage ! Vraiment dommage car la merveilleuse idée de transposer cette tragédie sous les traits d’une mère possessive et tourmentée pouvait nous révéler un autre coté obscur de la farce humaine. C’est malheureusement plutôt l’ennui qui nous gagne au final.

Philippe Maby,
à Bruxelles

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