« SEVEN WINTERS », LA DANSE SANS ORIPEAUX DE YASMINE HUGONNET

Lausanne, correspondance.

«Seven Winters» de Yasmine Hugonnet – Théâtre de Vidy Lausanne du 23 au 27 septembre, puis du 14 au 16 octobre au Festival d’Automne à Paris.

De hautes tentures mouchetées de nuances grises entourent un plateau nu et blanc. L’hiver est une saison sans oripeaux.

La nudité des corps inaugure donc le propos de la chorégraphe. Tout d’abord, presque semblables, deux femmes. L’une de dos, l’autre de face. Légèrement décalées, leurs postures et leurs mouvements similaires se déploient lentement, en miroir. Quatre danseuses et un danseur les rejoignent. Pareils à des arbres défeuillés, les corps dessinent un paysage. Le temps s’étire. Un silence ouaté les accompagne jusqu’à leur disparition.

A leur retour, revêtus de tenues dans les tons gris, ils ont adopté une identité socialement admise. Lentement, avec application, des groupes s’assemblent, des architectures s’ébauchent, des formes structurent l’espace. Par deux, trois, cinq, précautionneusement, ils se cherchent, s’explorent, se découvrent et finissent par se joindre. Solidaires par le toucher plus que par le regard. En fuyant, l’air qu’ils déplacent fait frémir la douce rigueur du décor.

Partagée entre nature et civilisation, yeux et bouche clos, une unique figure fredonne un sublime chant de détresse. Voyage d’hiver.

Qui dominera? Nature ou culture? Toujours avec douceur, lenteur, bienveillance, la nature guide l’être, puis les rôles s’inversent. Et soudainement, le silence est brisé. L’hiver devient sonore et la musique de Vivaldi explose! L’harmonie parait différente, pourtant rien n’a changé. Sauf peut-être, cette note écarlate.

Ensemble, alignés, à égalité, ils se découvrent à l’aveugle, en tâtonnant. Partager, échanger, se soutenir en toute réciprocité. Une farandole se déplie, serpentine, ondulante, tandis que tintinnabulent des étoiles de givre et que l’espace hivernal se rétrécit.

Il est temps alors de passer une nouvelle tenue, la robe végétale du renouveau printanier.

Cette allégorie est ma vision personnelle. Ce qui est certain, c’est que les chorégraphies de Yasmine Hugonnet sont des poèmes visuels. Celui-ci est aussi un calligramme, les postures dessinent des mots et ces mots peignent un tableau. Il n’est pas nécessaire d’en saisir le sens, plutôt faudrait-il en ressentir l’essence.

Martine Fehlbaum,
à Lausanne

Photo Anne-Laure Lechat

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