FESTIVAL ACTORAL 2020 : L’ESSENTIEL EST SAUF !

FESTIVAL ACTORAL 2020 – Marseille, divers lieux – 11/09 – 10/10 – 2020.

L’essentiel est sauf ! La 28ème édition du Festival Actoral a pu être présentée quasiment dans son intégralité ce qui est, dans une ville comme Marseille, quelque chose d’encourageant pour le spectacle vivant et son avenir, son développement puisque depuis l’annulation du Festival d’Avignon, on était en droit de se demander ce qu’il allait advenir, voire subsister, de ces rendez-vous festivaliers où le public et les artistes se rencontrent dans une intensité qui n’a rien d’équivalent…

Alors, présenté de bout en bout mais, comme le dit la douce voix de Macha Makeïeff dans la grande salle de la Criée, le théâtre National de Marseille qu’elle dirige, avec respect absolu des gestes barrières, distanciation et port du masque partout et pendant tous les spectacles… Equation qui permet de sauver une profession et les lieux où elle s’exprime, ce qui est bienvenu.

Cette édition post-covid ne maintient pas tous ses fondamentaux en faisant – hélas – en partie l’impasse sur les artistes internationaux, notamment du Quebec où Actoral se développe aussi depuis quelques années ; et on se souvient notamment de Fléau, l’ultime – à ce jour – performance de Dave St-Pierre… Mais ce ne sont pas moins de quinze lieux dans Marseille qui se sont mobilisés et deux cents créateurs aussi bien dramaturges que chorégraphes ou plasticiens qui occupent l’espace de ce rendez-vous qui annonce irrémédiablement l’automne…

Si de grandes signatures comme Noé Soulier, à la tête maintenant du CNDC d’Angers, l’irremplaçable Philippe Quesne, sur le départ du CDN de Nanterre, ou Tommy Milliot présenté au Festival d’Avignon en 2019 ont marqué de leur passage la ville de la Bonne Mère, nous avons pu croiser pour notre part les chemins de Simon Thomas qui se plaît à nous embrouiller en nous demandant de deviner lequel des deux prénoms est son nom…

En tous les cas avec Char d’Assaut, il propose une divagation qui tient en grande partie sur les deux interprètes que sont Stéphanie Goemaere, sorte de serial-killeuse en cape de super héroïne a épaulette dorée et longue traine et Aurélien Dubreuil-Lachaud, hilarant dans sa combinaison Aptonia, bleue azur sur le torse, qui lui va à ravir… Cette proposition a le défaut de sa qualité première d’être constitué de courtes saynètes, faites de réflexions du quotidien « j’ai l’impression d’être à la mer lorsque je me balade avec toi », de réflexions psychologiques voire psychanalytiques : « parfois, il faudrait que ta mère meure » où Marceline et Tristan, les deux héros du spectacle, se plaisent à se taquiner voire à se torturer.

Si on sait gré à Simon (son prénom) Thomas (son nom) de nous éviter des caméras dans les coulisses pour les nombreuses sorties que font les protagonistes, il n’en reste pas moins que le procédé est un peu répétitif et dénué de surprises : ils entrent, ils sortent… c’est parfois le moment de changer de sujet, mais cela donne souvent l’impression de ces petites animations des coucous suisses qui passent et repassent devant nous, sans nous lasser, à heure fixe !… Alors, si Tristan trouve ça « tristissime », nous parfois aussi… on a hâte de voir de quoi sera fait le « demain » de Simon Thomas et la dernière image de ce ballet avec la cape, dans un effet stroboscope faisant furieusement penser à la Loi Fuller qui nous laisse bon espoir.

On aurait regretté de ne pas se rendre à la lecture – conférence (en fin de compte, c’est plutôt cela) de l’autrice Marielle Macé qui nous offrait – le mot est tout à fait indiqué – une variation sur le « nous » qu’on retrouve en partie dans Nos cabanes, un de ses textes, publié aux Editions Verdier. Si, bien entendu, Marielle Macé vient nous parler du pronom « nous » qu’elle oppose à « je » qui sature l’espace collectif, elle affirme et démontre d’une façon subtile, fine mais non moins ferme que « nous est bien un autre objet que « je ». Elle nous conduit surtout à écouter son cheminement autour de la science des Noues qui nous permet de la suivre dans sa « conversation » avec l’eau dans l’espace urbain, mais pas que… Elle nous émerveille avec la constitution de « bassins d’orages ». Elle nous fait voyager du Caire à Bruxelles, de la ZAD de Nantes à près de chez nous, dans notre propre relation à la nature et, de fait, à l’eau… « Nouons-nous » nous rappelle-t-elle… Il le faut sinon JE va gagner et il ne restera rien de NOUS, c’est déjà, malheureusement, bien mal parti…

Même bonheur que d’entendre le texte révélateur de Simon Johannin, L’été des charognes, qui avait fait sensation lors de sa publication. Du haut de ses 23 ans, l’auteur affirme un univers, mais surtout un phrasé et on avait hâte de voir – et d’entendre – comment Hubert Colas (qui s’y colle pour cette lecture) allait faire avec le comédien Thierry Raynaud pour nous reconstituer l’ensemble…

Et le résultat est formidable. Non seulement on entend parfaitement le texte, sa cruauté, sa violence, mais en plus, plus jamais on ne pourra se défaire de la diction de Thierry Raynaud qui laissait échapper des accents d’un Jean-Quentin Chatelain dans la restitution de ce délire puissant, sorte de Vernon Subutex masculin et donc, à tout jamais les mots de cet Eté des charognes trotteront dans notre tête, nous laissant déglutir les médocs comme des limaces et les poudres coloreront nos excréments nasaux…

En revanche, on ne gardera pas grand chose de Un royaume, mis en scène par Claude Schmitz… Ce spectacle était un véritable supplice. Un assemblage de tout ce qu’il ne faut pas faire… Le spectacle débute par un film projeté sur grand écran à l’avant-scène. On entrevoit quelques éléments de la scénographie, on sait donc que le film ne sera pas le seul médium de l’auteur – et peut-être dommage tant la scène semble ne pas lui convenir, alors que le film, sous des travers post-romériens assumés, est, quant à lui bien plus abouti et intéressant que ce qui va se passer sur scène.

Au bout de trente minutes que dure le film, la scène s’éclaire. Une sorte de tarte à la crème de toute une génération à qui on n’a dû dire « les classiques c’est chiant » qui montent juste un morceau – en l’occurrence, là, c’est une scène du Roi Lear – et entrelace cela de propos sur leur vision du monde, ici du théâtre, et autres actions qui « déconstruisent » ce que Shakespeare à mis en œuvre à établir, à savoir une dramaturgie, avec un sens, etc… Et là, cela part dans tous les sens. Cela ne tient pas un quart d’heure. On se demande pourquoi Claude Schmitz est allé piquer tous les décors de François Tanguy à la fonderie au Mans pour n’en rien faire ??? On attendait qu’il se passe quelque chose, mais s’est enchainée une série de lieux communs sur tout… La chose passe avec la même lenteur que le covid sur le Monde… lentement, faisant derrière lui quelques dégâts… pour se finir par un retour au film… le théâtre dans le théâtre, dans le cinéma… beaucoup de prétention pour ce projet, mais peu de choses qui se tiennent… dommage.

On attend donc la prochaine édition d’Actoral qui sera, sans nul doute, bien impactée par la pandémie… rendez-vous à Marseille en septembre 2021… On a hâte !

Emmanuel Serafini

Image: Philippe Quesne, photo Martin Argyroglo

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