FESTIVAL D’AVIGNON. « 1 DEGREE CELSIUS », UNE TEMPERATURE QUI EXPRIME BIEN L’AMBIANCE RESSENTIE…

FESTIVAL D’AVIGNON 2026. « 1 degree Celsius » – Sung Im Her – Cour du Lycée Saint-Joseph – Du 5 au 7 juillet à 22h – Du 9 au 11 juillet à 23h.

Il serait peut-être temps de lever définitivement le voile sur la supercherie de la « langue invitée ». Déjà l’an dernier, la confusion régnait avec l’arabe, langue qui, pour le coup, n’avait que trop peu résonné dans la programmation.

Cette année, avec le coréen comme point d’orgue, le Festival a invité une chorégraphe coréenne… résidant en Angleterre et formée à PARTS, en Belgique (encore !), cette école qui truste, d’une manière ou d’une autre, la programmation chorégraphique du festival. Sans nier la qualité de cette formation, le constat est amer : s’il y a bien un domaine où la Corée excelle, c’est la danse !

À l’image du modèle américain, qui a longtemps maintenu la Corée sous son influence, le pays regorge d’universités délivrant des diplômes de danse, de festivals audacieux et innovants, sans compter l’influence de la K-pop et des danses urbaines. Pourtant, le Festival d’Avignon semble avoir d’emblée écarté ces richesses de ses choix. Dommage, car Séoul, notamment, fourmille de concours et de festivals proposant des performances époustouflantes, portées par des interprètes ultra-performants, capables de tout danser : du classique au contemporain, en passant par le hip-hop, où ils excellent. Le Ballet National coréen en est d’ailleurs l’exemple parfait.

À la place, on nous sert une chorégraphie gentillette, sans grande envergure, y compris dans son prétendu thème lié au réchauffement climatique — un sujet qui, s’il est présent, reste bien caché dans une danse parfaitement exécutée, mais sans véritable intérêt.

Entendons-nous bien : c’est bien fait, ça ressemble à tant de productions « made in Europe ». Mais est-ce vraiment ce qu’on attendait (ou qu’on espérait) d’une programmation qui mettait, à juste titre, la Corée sous les projecteurs ?

Donc, voici la chorégraphie de Sung Im Her : cinquante minutes de danse où l’on reconnaît les portés de bras de Phase d’Anne Teresa De Keersmaeker et de Michèle Anne De Mey. Plateau blanc, six colonnes de tubulures en inox sur lesquelles sont accrochées des rangées de cinq projecteurs. La chorégraphe entre par le jardin, s’enroulant au sol, et propose un solo dans un silence de cathédrale. Elle est rejointe — on se demande bien pourquoi — par six danseurs qui se placent comme des statues, à l’image des Marcheurs de Giacometti. Immobiles, à différents endroits du plateau, ils effectuent une torsion des épaules, tout en gardant leur équilibre sur leur pied d’appui.

La musique fait enfin son entrée. Les danseurs, en petits pas saccadés, avancent, reculent, puis, bras tendus vers l’avant, se dispersent après un ensemble à peine né pour entamer des marches que l’on a déjà vues mille fois. Si les interprètes sont généreux et engagés, ils ont peu à défendre. Et ce ne sont pas ces marches comptées à l’infini, dignes de la grande époque de la modern dance, qui les y aideront. L’écriture, graphique, se décompose comme attendu : double trio, duo contre quatuor… Toutes les déclinaisons y sont, rendant le travail quasi scolaire.

Voilà. On aurait aimé — mais est-ce un rêve trop fou ? — qu’on nous présente une danse que nous ne saurions pas faire, ou du moins, que nous n’aurions pas déjà vue mille fois.

Et le contraste est frappant : dans la cour du Palais des Papes, Julien Gosselin impose un geste radical et nécessaire, tandis qu’ici, l’œuvre semble désuète et prévisible. Pauvre Corée !

Emmanuel Serafini

Photo C. Raynaud De Lage / Festival d’Avignon

Laisser un commentaire

  • Mots-clefs

    Art Art Bruxelles Art New York Art Paris Art Venise Biennale de Venise Centre Pompidou Danse Festival d'Automne Festival d'Avignon Festivals La Biennale Musiques Opéra Performance Photographie Théâtre Tribune
  • Archives