FESTIVAL D’AVIGNON. « CUCKOO », DU RIZ ET DES LARMES

80e FESTIVAL D’AVIGNON. CUCKOO – Jaha Koo – Gymnase du Lycée Mistral Avignon – 5 et 7 juillet à 18h, 6 et 8 juillet à 18h.
Ils sont trois. Hana. Duri. Séri. Tous trois de la même tribu Cuckoo. Célèbre marque de cuiseurs de riz en Corée du Sud. Ce sont les indispensables compagnons de performance de Jaha Koo qui nous propose ici l’un des éléments de sa trilogie Hamartia.
Situation de crise alarmante. Agitation fiévreuse de la Bourse. Société sous pression. Éclats d’images projetées sur l’écran. Fragments d’un pays en pleine turbulence. À la fin des années 1990, la Corée du Sud est touchée par une grave crise économique et placée sous administration du FMI. Les années défilent devant nous. Sombres. Jusqu’à ce saut suicide. Bref. Et brutal.
Les souvenirs personnels de Jaha Koo se mêlent à ce sinistre national. C’est là son principe de récit. Comment lui et ses proches survivent à tout cela. Les trois larrons posés majestueusement devant nous participent à leur manière à ce parcours. N’hésitant pas au passage à s’affronter eux aussi à propos de leur mission. Ou à redoubler d’un humour parfois caustique.
Après son départ en Europe Jaha Koo devra affronter le suicide d’un ami. Le bonheur ? Notion ici incongrue. Existerait-il un algorithme du bonheur pour les Cuckoo ? De son histoire simple d’une relation manquée dans le tumulte coréen Koo trace aussi le portrait d’une génération perdue. La mort qui rôde quand le pouvoir ultralibéral détruit le monde. L’acharnement à produire. La solitude. Le désespoir.
Les performances de Jaha Koo sont éminemment politiques. Il n’est pour autant jamais pesant. Les Cuckoo s’amusent et nous amusent parfois. Comme des instants d’espérance. Vidéo musique et robotique sont les outils de combat de Jaha Koo. Il les utilise avec brio. Les images sont toujours soigneusement travaillées. Et agencées. L’humanité qui se dégage de ses performances semble un début de réconfort. De cette masse de riz désormais cuit il fera de petites pyramides. Une construction fragile.
Arthur Lefebvre
Photo C. Raynaud De Lage / Festival d’Avignon

























