FESTIVAL D’AVIGNON. « NOUS OU LE PARADOXE DU HÉRISSON », FAIRE FAMILLE, OU ESSAYER

80e FESTIVAL D’AVIGNON. NOUS OU LE PARADOXE DU HÉRISSON – Mise en scène et direction artistique Muriel Imbach – Du 6 au 12 juillet à 11h + séance de plus à 17h à partir du 10 – Relâche le 9 – Benoît XII.
Comme une forêt profonde et des lianes descendues du ciel. Entrent une joyeuse petite troupe colorée. Coline, Pierri, Linna, Cédric et Fred. Mêmes prénoms que ceux des interprètes. On dirait des explorateurs un peu fous. Chacun bien à sa place et dans son rôle. Celle de tête porte le sac. Toute une histoire. La sienne ? Peut-être. Celles de toute cette petite tribu ? Peut-être. On ne sait pas. On sait qu’il y a la gourde d’eau. Nourricière. Celui de fin veille sur la plante verte qui les accompagne. Une « langue de belle-mère ». Cliché fatigué d’un autre temps. Judicieuse image pour débuter. Chacun sa fonction. Tous en jupes. Encordés comme pour ne pas se perdre. Liés les uns aux autres. Pour arpenter tant bien que mal tous les chemins. Même et surtout ceux de la vie. Ce sont sans doute ce « Nous » du titre du spectacle. Une sixième, Selvi, libre comme l’air surgira pour rejoindre le « Nous ». Porteuse d’une grande boîte rouge. Sans doute pleine de petits secrets. D’anecdotes. Et d’histoires de famille. On ne sait pas. Joyeux petit groupe que peut-être il conviendrait d’appeler « famille ». Pourquoi pas ? Voilà tout le propos du spectacle. Vaste notion à explorer.
Les hérissons. Ceux du paradoxe. Ils ont quant à eux quelques difficultés à trouver la bonne distance entre eux. Trop éloignés ils ont froid. Trop près bien sûr ils se blessent. Nos héros eux garderont-ils cette bonne distance ?
Dans cette forêt magique aux allures de conte, nos compères déliés par la venue inopinée de Selvi vont devoir réviser leur fonctionnement. Non sans quelques craintes. Peurs. Angoisses. Non sans quelques salutaires questionnements. Quelques remises à jour tout à fait intimes et personnelles.
Le spectacle s’adresse plutôt à un public enfance-jeunesse mais peut être largement partagé par un tout public curieux et surtout globalement concerné par la question de la « famille ». Cette curieuse entité fortement évolutive.
Muriel Imbach et son équipe travaillent en amont de la création avec une méthodologie particulière. Longues enquêtes. Rencontres avec différents professionnels et spécialistes. Ateliers en classes et rencontres multiples avec des groupes d’enfants.
Et nos six aventuriers des temps modernes nous retranscrivent à leur façon le fruit de ce travail. Avec humour. Tendresse aussi. Laissant parfois toute leur fragilité affleurer. Chacun nous donne finalement un élément de réflexion propre à affiner cette notion de famille. Bien au-delà du traditionnel schéma. Un peu dépassé aujourd’hui. Ils bouillonnent. Se heurtent gentiment. S’ouvrent l’un à l’autre d’une manière nouvelle. Forment-ils pour autant une famille ? La question n’a pas ici forcément de réponse. Le cheminement individuel et collectif semble plus important. Le questionnement. Et c’est d’ailleurs plus intéressant.
Tout est pétillant de vie. Léger. Drôle. Ils sont malicieux. Enjoués. Ils s’interrogent. Parfois naïvement. Découvrent. Et c’est touchant. De véritables poètes du quotidien. Qui nous brossent l’air de rien le portrait d’une nouvelle société en construction. Un propos bien adéquat quand le monde pourrait se refermer sur lui-même. Faire un petit pas en avant et deux grands en arrière. Intolérance quand tu nous guette. Nos explorateurs du monde regardent l’horizon avec un œil grand ouvert. Sur eux. Sur l’autre. Sur les autres. Tous ceux qui d’une manière ou d’une autre s’appliquent à « faire famille ». Même autrement. Même différemment. Surtout différemment. Les hérissons se blesseront-ils ?
Arthur Lefebvre
Avec Coline Bardin – Pierre-Isaïe Duc – Linna Ibrahim – Cédric Leproust – Fred Ozier – Selvi Pürro
Photo C. Raynaud De Lage / Festival d’Avignon

























