FESTIVAL D’AVIGNON. LE « HAMLET » DE PERRENOUD, UN VRAI THÉÂTRE DE TRÉTEAUX, QUI REMET L’ACTEUR ET LE TEXTE AU CENTRE DU JEU

80e FESTIVAL D’AVIGNON. Hamlet – Texte de William Shakespeare – Traduction, adaptation, dramaturgie : Clément Camar-Mercier – Mise en scène : Thibault Perrenoud – Spectacle en itinérance du 8 au 25 juillet (voir la tournée sur le site du Festival) – Durée 1h30.
Chaque année et au travers des directions successives le Festival d’Avignon propose un spectacle en itinérance qui porte le théâtre hors les murs dans les communes environnantes. Une heureuse initiative qui permet sans aucun doute d’attirer de nouveaux publics et de découvrir de nouveaux lieux dans l’environnement paisible de nos villages, loin de la fièvre avignonnaise. On retrouve avec bonheur le principe du théâtre de tréteaux qui permet de porter l’acte théâtral en tous lieux et qui va à l’essentiel.
Cette mission décentralisatrice est confiée cette année à Thibault Perrenoud qui présente une vision originale d’Hamlet, interprétée par trois comédiens dans une nouvelle traduction de Clément Camar-Mercier.
En cette soirée de première c’est la commune de Barbentane qui offre un magnifique lieu arboré au cœur du village, éclairé par les derniers rayons du soleil couchant et caressé par un léger Mistral, salvateur en cette période de canicule. Les spectateurs prennent place autour de la pelouse centrale ou sont invités à s’assoir autour de tables recouvertes de nappes blanches. Dans cette première partie du spectacle, le public semble convié au festin des noces de Gertrude et Claudius immédiatement célébrées après les funérailles du père d’Hamlet – « Le buffet chaud des funérailles a été servi froid aux noces ».
Les acteurs interprètent naturellement différents personnages et se métamorphosent moyennant un rapide changement vestimentaire. Gertrude devient Ophélie, Polonius devient Laërte. Thibault Perrenoud nous offre un théâtre brut. L’acteur prend possession du texte et l’acte théâtral a lieu, direct, percutant. Toute la théâtralité d’Hamlet est là : le deuil, la bouffonnerie, la violence, la folie, l’amour. L’interprétation est forte, transgressive, parfois au détriment de l’aspect poétique de l’œuvre.
Dans la deuxième partie du spectacle, celle où Hamlet monte une pièce pour démasquer le roi meurtrier Claudius, les spectateurs sont conviés à se placer autour d’une scène centrale faite avec les tables du festin. Cette scène de théâtre dans le théâtre est épique et pousse la bouffonnerie à son extrême.
Toutes les scènes, y compris les plus dramatiques, sont émaillés de pointes d’humour bienvenues dans une connivence avec le public qui est mis à contribution. Un spectateur est couronné pour mimer le roi meurtrier Claudius durant tout le spectacle, une spectatrice voit sa tête faire office de crâne, celui qu’Hamlet triture dans tous les sens au cimetière. On est bien dans cet esprit de Shakespeare qui consiste à mêler les genres, à passer de la comédie à la tragédie en passant par la poésie.
Les trois acteurs sont de remarquables interprètes en phase avec le parti pris de Thibault Perrenoud, celui de l’excès, parfois de l’outrance, à l’instar de la crise de folie mimée par Hamlet qui a tout du défoulement d’acteur. Le Hamlet de Thibault Perrenoud est un Hamlet qui agit avec conviction, qui ne doute pas. Un parti pris qui force le trait mais qui manque parfois de nuances. De même la traduction de Clément Camar-Mercier est bien dans l’esprit du temps mais cette recherche de modernité efface en partie la dimension poétique du texte.
Mais Hamlet se prête à toutes les interprétations et celle de Thibault Perrenoud est bien dans l’esprit d’un théâtre de tréteaux pour une pièce itinérante destinée à tous les publics et nécessitant peu de moyens. A l’heure où de nombreux metteurs en scène font appel à une débauche de technologie, il est réconfortant de voir l’acteur et son texte remis au centre du jeu, de voir que l’acte théâtral, dans sa simplicité, a sa place partout et qu’il s’adresse à tous.
Jean-Louis Blanc

























