FESTIVAL D’AVIGNON. « UMA LUZ CORDIAL », DE CAROLINA BIANCHI : N’EST PAS ANGÉLICA LIDDELL QUI VEUT

FESTIVAL D’AVIGNON 2026. UMA LUZ CORDIAL – Carolina Bianchi – Du 4 au 7 juillet à l’Opéra Grand Avignon – Puis les 12 et 13 juillet à l’Opéra, inclus dans la trilogie complète : Trilogia Cadela Força.

Alors, comment rendre compte de ce « spectacle », sans se départir du calme et de la distance qui conviendrait à un chroniqueur respectueux de l’art et des artistes, ici totalement abasourdi par la vacuité et l’incongruité de ce tapage inutile et putassier ?

Commençons par le commencement : depuis 1968 et les provocs bon enfant et raccord avec leur époque du Living Théâtre, le Festival d’Avignon en a vu passer des comédiens à poil, des chattes et des bites exhibées. Cela n’a jamais choqué les véritables amateurs de théâtre, et « dieu » sait que depuis Julian Beck et ses amis, on a en a vu beaucoup.

Ce qui nous étonne, c’est que la si jeune et innocente Carolina Bianchi n’en ait jamais été informée. En tout cas, elle qui adore faire étalage de sa « culture » et de ses références littéraires qu’elle tartine à l’envi, aurait-elle pu s’irriguer a minima de l’histoire de ce festival et se pencher sur l’histoire du théâtre en général, surtout en osant affronter le public madré du IN à qui on ne la fait pas…

Cela aurait peut-être pu lui éviter cette exhibition indécente de sa propre mégalomanie et de son arrivisme exacerbé affiché en projet artistique. Et nous aurait épargné ce pensum bavard et indigeste à la gloire de madame Bianchi, dont on se contrefiche jusqu’au trognon des états d’âme et des obsessions d’artifice.

Car artificiel est bien le terme qui caractérise ce troisième opus de sa trilogie, consacrée à sa relation obsessionnelle au sexe et à sa propre histoire, qu’elle inflige sans ciller aux spectateurs. Carolina Bianchi en reine du cul et en princesse de l’autobiographie. Mensonge. Forfaiture. Madame Bianchi n’est que duperie et artifice. Une marionnette, à l’instar de celle qu’elle fait manipuler dans un des tableaux de ce radeau de la méduse. Une marionnette engagée dans un processus d’auto-célébration qui n’intéresse qu’elle.

Mais venons-en à l’objet Uma Luz Cordial, en une brève description : au plateau, pénombre généralisée, à l’exception d’un écran destiné à distiller les innombrables sur-titres de la logorrhée interminable de madame Bianchi. Dans cette pénombre, on devine quelques formes humaines qui s’agitent, copulant ou faisant comme si. Parfois l’une ou l’un d’entre ces brillants acteurs vient exhiber qui une chatte, qui une bite, bien planté en avant sur le proscenium. histoire qu’on comprenne bien ce dont il s’agit. L’écran par moment s’illumine d’une décharge stroboscopique sur-vitaminée, tandis que la sono grondante, surpuissante, explose sporadiquement en décibels…

Bref, un truc parfaitement imbitable -c’est le mot- sans dramaturgie aucune, sans cohérence, une enfilade de « tableaux » tous plus abscons les uns que les autres, qui s’enchaînent sur deux heures et demi, épuisant le spectateur, annihilant les cerveaux. La seule constante étant le débit verbal de l’autrice, qui se vit en alter-ego d’écrivaine (!), et nous abreuve de ses références littéraires convenues, histoire une fois encore de nous convaincre de l’acuité de sa culture… Tout y passe : de Hilda Hirst poétesse et pornographe brésilienne à Emily Dickinson et Pessoa (évidemment, pour une lusophone), d’Henry Miller à Antonin Artaud, et on en passe des poignées… Une litanie écoeurante « d’érudition » littéraire, un véritable catalogue à donner le vertige, d’autant que tout ceci est surtitré en deux langues, qui défilent sur l’écran à vitesse grand V… Toujours avec le background de gens qui se tripotent dans le noir et la « musique » tonitruante. Physiquement, c’est éprouvant.

Pour couronner le tout, un des derniers tableaux nous inflige une séquence récitée pédo-pornographique, tout à fait gratuite, sur-jouée, très difficile à supporter, même pour les plus aguerris.

Bref, vous l’aurez compris, ce truc sans queue (si hélas) ni tête n’a aucune justification. C’est juste de l’esbrouffe, de la provoc facile, à la gloire de la « grande » performeuse que s’imagine être Carolina Bianchi.

Soyons clair : nous adorons le théâtre sexualisé qui nous provoque et interpelle, De Jan Fabre à Angélica Liddell, nous aimons celles et ceux qui nous interpellent, y compris en nous infligeant des scènes radicales où masturbation et exhibition au plateau font partie de la construction dramatique. Tout comme l’autobiographie érigée en moteur du spectacle. Mais tout ceci doit faire sens, construire le récit dramatique. Tout cela doit se justifier. Ici, hélas, c’est tout le contraire : de la provoc pour la provoc, du soi-disant « porno » d’un autre âge, inutile et vain, au profit de l’ego démesuré d’une autrice qui se la pète. Pour rien.

N’est pas Angélica Liddell qui veut.

Marc Roudier

Vu (hélas) le 5 juillet 2026

Photo C. Raynaud De Lage / Festival d’Avignon

Laisser un commentaire

  • Mots-clefs

    Art Art Bruxelles Art New York Art Paris Art Venise Biennale de Venise Centre Pompidou Danse Festival d'Automne Festival d'Avignon Festivals La Biennale Musiques Opéra Performance Photographie Théâtre Tribune
  • Archives