DON GIOVANNI . KEINE PAUSE : DAVID MARTON A BOBIGNY

Une heure et quart tendue de désordre et d’avant-garde à Bobigny. La voix du marquis de Sade résonne : « Le seul état envisageable pour l’homme démocratique. C’est l’immoralité ».

David Marton est un jeune metteur en scène hongrois, iconoclaste et hors normes qui s’amuse à mélanger les genres : opéra et théâtre, classique et jazz, Da Ponte et Sade. Dans Don Giovanni.Keine pause la musique organise un espace de jeu où les codes théâtraux et ceux de l’opéra entrent en collision.

Suivant l’esprit de Don Giovanni, fasciné par la recherche du plaisir fugace, instantané, en rupture avec le goût de la linéarité, Marton crée une dissonance sur le plateau où plusieurs scènes se superposent. C’est dans un hôtel aseptisé et froid, avec fauteuils recouverts de cellophane, que Leporello, le valet de Don Giovanni, réinvente l’opéra de Mozart. Dans la chambre, le clavier de sa machine à écrire martèle implacablement sous les mots du Marquis de Sade. C’est peut-être lui, Leporello, le vrai protagoniste. Avec ses mots percutants, il semble créer son propre maître.

On a à faire ici à un Don Giovanni qui incarne la lutte contre le véritable parasite de la vie des hommes, le désir de stabilité. Il est à la recherche pérenne du plaisir libéré, une exigence qui le conduit à une extrême solitude, et le relègue hors de la société. En somme, tout tourne autour d’un doute bien humain, bien commun: doit-on laisser la tranquillité dominer sa vie?

Avec surprise, c’est une femme, la ravissante et crépusculaire, Yelena Kuljic qui interprète magistralement Don Giovanni. Quant aux trois personnages féminins qui l’entourent, Anna, Elvira et Zerlina, elles dégagent la force de l’authenticité. On sort marqués par cette scène poignante où Elvira et Anna vont chercher Don Giovanni pour se venger: dans un chant de douleur, elles engueulent leur bourreau comme des chiennes enragées. Elles voudraient bien l’anéantir mais une vie sans lui perdrait toute saveur. Un choix difficile pour des femmes furieuses.

Autre scène remarquable, dans laquelle le spectateur entre malgré lui: celle d’une fête où l’accordéon joue et fait danser les ombres chinoises des acteurs. La vie ressemble à un carillon, la vitalité du plateau est telle qu’on a l’impression de sentir l’odeur de rue d’une chaude soirée d’été. En voyant l’ombre de Don Giovanni tripoter et danser avec Zerlina, on se rappelle, nous aussi, notre dernier amour d’été.

Camilla Pizzichillo

Né en 1975, David Marton vit et travaille à Berlin depuis 1996.

Don Giovanni. Keine Pause/ Mise en scène David Marton, d’après Mozart/ Jusqu’au 18 octobre à la MC93 : http://www.mc93.com/fr/2011-2012/don-giovanni-keine-pause

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