SOUS LA GLACE : ANDREA NOVICOV AU THEATRE 71


Sous la Glace ou un bout d’entreprise au théâtre

Au centre de la scène, gît sur son flanc un boyau évasé, long de quatre mètres, noir à l’extérieur, mystérieux à l’intérieur, une autre scène sur la scène, qui tourne sur elle-même et où Jean Personne, un consultant désormais harassé par son travail, s’apitoie sur sa vie. Pendant des années il s’est occupé de plans de restructuration, a analysé et viré des employés. Tout cela il l’a sûrement exécuté avecconviction, argumenté avec un discours structuré et structurant, tel celui que ses deux collègues fantomatiques et bavards ne cesse de réciter :
«-Accepter le risque
-Créer du possible
-Proposer sa créativité
-Capitaliser les opportunités du marché
-Inspirer les autres avec une vision d’avenir
-Faire preuve de motivation, assumer de nouvelle responsabilités, acquérir des nouvelles compétences
-Mettre en avance son excellence dans tous les domaines…»

Plus de la moitié de sa vie s’est écoulée, et la vacuité de son existence l’angoisse. Il est à la fois victime et responsable d’un système dépouillé de sens, où le sujet est impuissant face à la machinerie économique. Parce qu’il ne réussit plus à se conformer à l’image de l’homme efficace que l’entreprise exige de lui, sa déchéance pointe, et accessoirement son licenciement. Souvent pendant les réunions, il repense à son enfance, époque où régnait encore son imagination.

Aux premières instants la scénographie enchante: elle met tout de suite le spectateur en situation et rend efficacement l’atmosphère froide et violente du monde financier du consulting. On ne peux pas non plus taire la performance du protagoniste Roberto Molo qui est bouleversante : il s’agite, se liquéfie, flirte avec la folie sans perdre en authenticité. Les bonnes idées ne manquent pas dans la mise en scène d’Andrea Novicov. Toutefois, le texte, malgré un humour certain, résulte redondant et surchargé.

D’où proviennent les doutes sur cette pièce? Peut-être du côté de Falk Richter, l’auteur de Sous la glace, chercheur en poésie qui a trouvé dans le langage managérial un matériau inédit. Une approche audacieuse et intéressante a priori. Mais on peut se demander si l’opposition entre le management et la poésie n’est pas intrinsèque, et si Richter est convaincant dans son essai. Sa poétique est-il un plaidoyer politique ? Peut-être mais le contenu politique est un peu trop évident. L’ennui guette.

Camilla Pizzichillo

Sous la glace / texte de Falk Richter / traduction de Anne Monfort (l’Arche Éditeur) / mise en scène de Andrea Novicov/ du 3 au 9 novembre 2011 au Théâtre 71

VOIR LA BANDE-ANNONCE : http://www.theatre-video.net/video/Bande-annonce-de-Sous-la-glace-m-e-s-Andrea-Novicov

Photo : Camille Mermet / Théâtre 71

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