HOTEL MODERN / VLIEGBOOT MOEDERSCHIP : DESTRUCTION ET MERVEILLE DU THEATRE

Hotel Modern / Vliegboot Moederschip / nederlands.
Correspondance aux Nederlands

« L’imagination au pouvoir » est la phrase qui vient à l’esprit du spectateur de « Vliegboot Moederschip » de la troupe néerlandaise “Hotel Modern” qui réussit à présenter un thème pourtant mille fois travaillé avec subtilité, humour et originalité.

Avant même que la pièce ne soit commencée, le décor emmène le spectateur dans un monde d’inventivité. On y trouve des boîtes de déménagement fendues en leur milieu et reliées par des rails, comme un petit train couvert, des outils, des câbles, une table, un parapluie renversé d’où pendent des pommes de terre, une sorte de radio, un grand vase rempli de fleurs, un écran géant… La lumière n’est pas éteinte, laissant au public tout le loisir de contempler cette scène surchargée et pourtant, semble-t-il, cohérente.

Une série d’étonnements commence alors.

La première scène donne le ton du spectacle, cette ironie du désespoir : un acteur saisit des fleurs, assez joliment présentées, d’un vase placé au sol, pour les arranger en bouquet dans un autre vase placé, lui, sur la table, en les écorchant le plus possible au passage, avec force sourire et marques de satisfaction pour l’esthétique de son travail, en une très belle performance de mime.

S’ensuit une série de petites scènes, où se mêlent nostalgie et destruction. Le public est emporté peu à peu dans cet univers tragique et pathétique, riant d’abord, un peu décontenancé, puis tout à fait captivé. L’apothéose est atteinte lorsqu’est diffusé, sur le grand écran du fond de scène, le film de l’incendie d’une bibliothèque rassemblant desœuvres et des tableaux symboles de notre civilisation – où l’on voit, non sans surprise, passer des nains de jardins au milieu des flammes.

L’humanité a détruit la planète, détruit son mode de vie et, refugiée sur un vaisseau, nostalgique, erre dans l’espace avec l’espoir chaque jour amoindri de trouver une nouvelle Terre et d’y reconstruire son âge d’or perdu.

Traduit littéralement, le titre de la représentation signifie « hydravion ravitailleur ». (avec, peut-être ?, un petit jeu de mot sur moederschap (maternite) et schip(bateau)). Pour figurer le vaisseau, « Hotel Modern » utilise une très belle mise en scène : un acteur entre, portant une longue tige au bout de laquelle il tient une caméra, qu’il passe dans les boîtes de déménagement, par la fente. Un grand écran retransmet ce qui est filmé. C’est un moment magique et déstabilisant. Si l’on regarde l’écran, on pense voir Star Wars, un vaisseau, des câbles, des couloirs, du métal partout. Si l’on regarde la scène, on voit des cartons de déménagements organisés en petit train. C’est fascinant. Le spectateur passe de la réalité de la scène à la réalité de l’écran, pense à la falsification des images, aux dimensions du regard, au prisme de l’interprétation.

Sur l’écran, tous les couloirs et les salles vides, sans aucun signe de vie. Seule la voix du capitaine nous rattache àune forme d’humanité. Elle raconte le quotidien du bateau, la nostalgie de ses habitants, l’amenuisement des ressources. Le spectacle devient tout à fait sombre, son humour noir de plus en plus terrible : la caméra se met à grésiller au
moment de filmer une porte avec des signes de danger« radioactivité », le capitaine rapporte une discussion entre Frankenstein et le Docteur Mengele…

Lorsque les lumières s’éteignent, le public reste silencieux un moment.

Le spectateur quitte la salle plein d’interrogations et d’étonnement face à ce spectacle complètement fou : fou dans son message, apparemment si commun mais soudain, par sa forme, si original ; fou dans sa narration, intrigante dans sa non-linéarité pourtant cohérente ; fou, enfin, dans le travail incroyable qu’il a fallu pour le rendre possible, en une recherche artistique remarquable.

Anne Pailhès

Dates : 1-3 février 2012 : Theater Kikker, Utrecht (Pays-Bas) / 16-17 février 2012 : Grand Theatre, Groninge (Pays-Bas) / 28-29 février 2012 : Frascati, Amsterdam (Pays-Bas) / 6-8 mars 2012 : Rotterdamse Schouwburg, Rotterdam (Pays-Bas) /  3-4 mai : Donaufestival, Krems (Autriche)

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

  • Mots-clefs

  • Archives

%d blogueurs aiment cette page :