MATTHIEU HERREMAN CHEZ ARTS POSITIONS

Exposition Matthieu Herreman / galerie ARTS POSITIONS / Marseille

DU NEUF A MARSEILLE

L’oeil est une porte, à l’heure des portails informatiques et des ports intégrés, un passe-plat. Tous les mets ne sont pas comestibles ou attrayants, ils doivent être nutritifs. Quand il y a un peu plus de matière et pas forcément des grumeaux, il convient de s’arrêter.

Les théoriciens de l’optique n’ont toujours pas résolu la chronobiologie de la connexion entre le cerveau qui s’abreuve de relevés et l’oeil qui collecte, si tant il s’avère que les récepteurs se conforment l’un l’autre. La vision stéréoscopique crée la sensation de profondeur, ainsi Matthieu Herreman, plasticien de trente printemps, reprend dans sa torsade formée de pailles coudées l’axiome de Vinci : « la pyramide visuelle a son origine dans un seul point et sa base dans le premier corps, ce qui fait que le second, d’égale grandeur, n’est pas vu. » De formats équivalents, chaque triangle de paille brasse de l’air ; reliés par les angles, ils forment une chaîne ADN extrêmement aérienne.

De cinq mètres de haut, l’oeuvre est rattachée au sol par trois petits galets et un point d’ancrage, elles reste laconique, savante et translucide. Nous pouvons tourner autour de cette ruche hélicoïdale en se demandant si l’activité ludique et obesessionnelle de l’assembleur qui collecte les pailles à soda brindilles de plastique, les trie, les combine, trouve sa récompense. Pour chaque lieu, l’installation change de forme et cette variable de conditionnement perturbe la manoeuvre d’approche : il est quasiment impossible de saisir la pièce de mini-pyramides dans son ensemble tellement l’univocité de la réception est balayée. Le regard passe à travers, se tord sur lui-même, se perd dans les dédales associatifs.

Dans l’angle de la galerie Arts Positions animée par le plasticien et musicien Daniel Roth, un autre travail de M. Herreman est montré : moins convaincant, il ne joue pas de la même subversion des codes.

Le volume est mis à plat, et la volonté de mettre à jour la fabrique des figures intrigue nettement moins que l’essaim de vide basé sur la légereté, sonde atmosphérique ou barbe à papa, aéronef maieutique qui renvoie à la trigulation savoir-science-rêve. Légereté du support, maniement de l’air, volupté de l’oeil qui timbre de suite le tournis et tourbillon, choix des couleurs, variation sur le morne.
Aucun abus ne sera sanctionné. Habitants du Sud ou héros de passage, vous avez quinze jours pour faire un tour dans un laboratoire poétique.

Emmanuel Loi

Exposition Matthieu Herreman / galerie ARTS POSITIONS / Marseille 36 rue d’Aubagne / jusqu’au 1er mars (mardi merc jeudi / 15 à 19 heures)

Visuel : installation à la galerie Arts Positions / 2012 / Copyright Matthieu Herreman

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